Christine Malèvre, l’infirmière qui ne soigne pas

Vu l’ambiance en ce moment, je me suis dit qu’une petite affaire sur le thème médical ne ferait pas de mal. Bonne nouvelle, ce n’est pas ce qui manque ! Du coup, j’ai jeté mon dévolu sur une affaire qui a engendré beaucoup de débats quand elle a eu lieu alors qu’on en entend presque plus parler aujourd’hui. Mesdames, mes gueux et mes entre-deux, je vous présente l’affaire Christine Malèvre.

Christine Malèvre au tribunal

Une mort beaucoup trop rapide

Hôpital de Mantes-la-Jolie

Cette affaire commence le 3 mai 1998, au service de neuro-pneumologie de l’hôpital de Mantes-la-Jolie. Alors que je vivais ma meilleure vie de nouveau-né, Jacques Guitton, 71 ans, venait d’apprendre que son cancer était en phase terminale et qu’il ne lui restait que deux semaines à vivre au maximum. C’est triste, mais au moins il aura le temps de dire au revoir à ses proches. C’est ce qu’on pense, jusqu’à ce que Jacques s’éteigne dans l’après-midi. Cette mort est intervenue beaucoup trop tôt pour être naturelle, et toute l’équipe du service se tourne immédiatement vers Christine Malèvre, l’une des infirmières, qui a prédit cette mort en répétant à tout bout de champ que Jacques n’allait « pas passer l’après-midi ».

L’équipe de soignants ne tarde pas à faire part de leurs doutes au chef de service, en ajoutant que le nombre de décès augmente nettement quand Christine est de service. Tout le monde s’accorde bientôt sur le fait qu’elle y a sûrement quelque chose à voir, mais personne ne comprend pourquoi. C’est normal, puisque pour comprendre la raison, il faut connaître la personne.

Qui est Christine Malèvre ?

Christine est née le 10 janvier 1970 à Mantes-la-Jolie, et si on n’y prête pas trop d’attention, on pourrait croire qu’elle a eu une enfance banale. Cependant, deux évènements vont avoir un grand impact sur sa vie (je vous expliquerai comment un peu plus tard dans l’article): premièrement, sa petite sœur, dont les problèmes de santé accaparent l’attention de ses parents, et les attouchements qu’elle subit à 12 ans de la part de son professeur particulier.

Le fait de voir ses parents prendre soin de sa sœur lui donne envie de devenir infirmière, et c’est exactement ce qu’elle fait, finissant ainsi par être affectée au service de neuro-pneumologie de l’hôpital de Mantes-la-Jolie en 1995.

Les premiers aveux

Revenons en 1998. Les collègues de Christine sont interloqués par la mort précoce de Jacques Guitton, que Christine a prédit bien fort dans les oreilles de tout le monde comme si la discrétion était devenue illégale.

Le 6 mai, le directeur de l’hôpital appelle le Procureur de la République pour demander une enquête, et confronte Christine. Celle-ci nie tout en bloc, mais ne réussit pas à convaincre le directeur, qui la change de service (moi, perso, je l’aurais mise à pied ou un truc dans le genre, mais bon je suis pas directeur d’hôpital).Christine réagit à ce changement de poste en écrivant une lettre clamant son innocence avant de faire une tentative de suicide, mais son compagnon la trouve à temps, et elle est placée dans un hôpital psychiatrique.

Malgré ce signe de détresse mentale, le Procureur ouvre une enquête (parce que c’est ce qu’il est censé faire), et les collègues de Christine sont interrogés. Ils révèlent que Christine est particulièrement proche des mourants, se porte sans cesse volontaire pour faire les toilettes mortuaires, et va même aux enterrements de certains patients. Ok, là je bloque. Je veux bien qu’une infirmière fasse son travail de manière passionnée, mais si elle se pointait à l’enterrement de mon tonton Jacky, j’aurais beaucoup, mais alors BEAUCOUP de questions. Bref, les enquêteurs comparent la liste des morts depuis l’arrivée de Christine à l’emploi du temps de celle-ci, et il y en a pas mal qui collent comme les mecs dans le métro quand tu portes une mini-jupe.

Après cette découverte, les enquêteurs placent Christine en garde à vue le 7 mai. L’infirmière possédant un niveau abyssal de street crédibilité, elle ne tarde pas à avouer avoir provoqué volontairement la mort d’une trentaine de patients. Les enquêteurs à qui elle a facilité la tâche l’amènent donc dès le lendemain devant le juge d’instruction, et là Christine commence à bégayer fort. Elle change sa version des faits et dit avoir « aidé à mourir » les patients, et avec leur accord d’ailleurs ! Je ne comprend pas trop ce qu’elle espérait accomplir avec cette pirouette, mais le juge n’est pas impressionné et la met en examen pour meurtre avec préméditation sur 7 personnes:

– Raymond Baudet, 64 ans, mort le 21 février 1997

– Hubert Bruyelle, 75 ans, mort le 6 novembre 1997

– Denise Le Maout, 48 ans, morte le 9 novembre 1997

– Dominique Kostmann, 47 ans, morte le 17 novembre 1997

– Patrick Hauguel, 52 ans, mort le 12 mars 1998

– Patrice Collin, 29 ans, mort le 27 avril 1998

– Jacques Guitton, 71 ans, mort le 3 mai 1998

Le cirque médiatique

Evidemment, les médias s’emparent de l’histoire et relancent ainsi le débat sur l’euthanasie (qui est illégale en France). Christine est même invitée sur un plateau télé pour expliquer qu’elle est simplement venue en aide à des patients qui réclamaient la mort. Et tandis que beaucoup en France boivent ses paroles comme si c’était de l’eau bénite, les familles des victimes s’insurgent et portent plainte.

La roue tourne pour Christine lorsque la journaliste Anne-Marie Casteret publie l’article Mortelle Compassion, qui révèle le nombre de morts suspectes comparées à l’emploi du temps de l’infirmière. Après ça, la presse tape son meilleur 180° Tokyo Drift et commence enfin à considérer Christine Malèvre comme une meurtrière. Cela ne l’empêche pourtant pas de publier son livre, Mes Aveux (lol j’ai pas lu), et d’en faire la promo sur Europe 1.

Le masque se fissure

Depuis sa mise en examen, Christine n’arrête pas de revenir sur ses déclarations, et prétend que certains de ses meurtres étaient accidentels. Elle aurait vidé accidentellement toute une seringue de morphine dans des patients. Le juge, aussi perplexe que vous et moi, ordonne une reconstitution, et là surprise ! Il est impossible de vider accidentellement toute une seringue de morphine car celle-ci est réglée pour requérir un effort non négligeable ne serait-ce que pour administrer la dose prévue. Une fois ce mensonge mis au jour, le juge fait passer les chefs d’accusation de meurtres à assassinats.

Le procès

Le procès de Christine Malèvre commence le 20 janvier 2003. L’infirmière meurtrière prétend toujours avoir aidé ses victimes à mourir, et ce à leur demande. Seulement deux familles, notamment celle de Jacques Guitton, la croient. Les autres familles soutiennent que leur proche ne voulait pas mourir, et surtout pas sans dire au revoir. Au final, Christine est déclarée coupable sur 6 chefs d’accusation sur 7. Elle écope d’une peine de 10 ans avec interdiction à vie d’exercer le métier d’infirmière. Au lieu d’accepter ce verdict, Christine a le culot de faire appel, mais cette initiative va être contre-productive puisque sa peine est allongée à 12 ans.

Elle ne fait pas de vague en prison, et finit par être libérée en 2007. Elle est aujourd’hui mariée, et s’est reconvertie en comptable.
Une seule question reste en suspens dans cette affaire: pourquoi ?

Mon avis

Attention, je ne suis pas une professionnelle, ce qui va suivre sort tout droit de mon cul et de la première page de Google.
En réfléchissant sur le parcours de Christine, je me suis mise à penser à une maladie mentale courante chez les infirmières et les mères tueuses: le syndrome de Münchausen par procuration. Laissez-moi vous expliquer un peu ce que c’est.
Le syndrome de Münchausen par procuration, c’est quand une personne provoque une pathologie chez quelqu’un pour pouvoir appeler le médecin et attirer l’attention sur lui. Cela expliquerait le fait que Christine ait dit à tout le monde que Jacques Guitton n’allait pas passer l’après-midi, et qu’elle soit allée aux enterrements de certaines de ses victimes, sans ajouter le livre et les apparitions dans les médias. Ce trouble intervient la plupart du temps chez des personnes n’ayant pas reçu d’attention durant leur jeunesse, et Christine correspond parfaitement, ayant vu sa sœur recevoir toute l’attention et les soins de ses parents. Après, ce n’est que mon avis.

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