Salut tout le monde, j’espère que vous allez bien ! J’espère aussi que vous avez le cœur bien accroché. Les crimes dont je vais vous parler aujourd’hui sont particulièrement violents et dégoûtants, et comme ça fait longtemps que je n’ai pas fait d’affaire de ce type, peut-être que vous avez perdu l’habitude. Aujourd’hui, on va parler de pédophilie, de violences domestiques, d’injustices diverses, alors si vous ne le sentez pas, cliquez ici et partez vous détendre. Si vous êtes prêt, voici l’affaire Michel Sydor.

Michel est né le 8 septembre 1929 à Corbeil-Essonnes, au grand dam de l’humanité. Le timing de sa naissance est mauvais, et il grandit durant la Seconde Guerre Mondiale dans un environnement malsain et instable. Assez vite, alors que la France doit faire face à la déviance des nazis, son entourage doit en plus faire face à sa propre déviance. Dès l’enfance, il prend plaisir à torturer et tuer des animaux. Il devient rapidement un marginal délinquant, qui rêve apparemment de mieux. En effet, il s’invente une vie de légionnaire, au point où cela devient son surnom. Il ne sera pourtant jamais légionnaire, ce qui est une bénédiction en soi. Je n’ose pas imaginer ce fou avec une arme automatique.

En 1950, alors que la France se remet de la guerre, il passe de la délinquance au meurtre. Après un différend avec une travailleuse du sexe, Michel tue celle-ci, mais il n’est condamné qu’à 5 ans de travaux forcés à cause du statut de sa victime. Oui, à cette époque (et encore aujourd’hui aussi), une femme pouvait souvent être considérée comme coupable de sa propre agression. Ajoutons à cela que malgré toutes mes recherches, je n’ai pas pu retrouver le nom de cette pauvre femme. La justice a décidé qu’elle n’était pas assez importante.

Après sa libération, Michel part s’installer dans le Pas-de-Calais. Je pars sur une tangente, mais il semble qu’il y a un sacré lien d’âme entre les hommes dangereux et la campagne, ils y naissent ou s’y installent souvent ! Peut-être qu’ils aiment être tranquilles pour commettre leurs horreurs…

Bref, Michel gagne sa vie en faisant des travaux agricoles et forestiers. Il arrive malheureusement à trouver l’amour et épouse Gilberte Boudry en 1958. Le couple s’installe dans le très petit village de Troisvaux (moins de trois cents habitants), près de Béthune. Gilberte donne naissance à deux enfants, et tout le monde subit la violence de Michel, sans savoir que c’est un meurtrier condamné. Il travaille comme aide-mineur, tirant les bennes de minerai dans les mines. C’est un travail fatigant, mais il trouve quand même le temps de battre sa femme et d’envoyer des lettres inappropriées à des fillettes. Heureusement, ces lettres sont découvertes, et Michel est licencié. Gilberte le quitte et repart chez ses parents avec ses enfants. Malheureusement, Michel ne supporte pas ce qu’il considère comme un affront.

Dans la nuit du 22 décembre 1961, il se rend chez ses beaux-parents à Lens. Armé d’un 9mm, il abat Gilberte d’une balle dans la tête devant ses enfants. Il tire également sur son père, Henri, qui survit et riposte avec son fusil de chasse. Il arrive à blesser Michel qui prend la fuite. Henri appelle les secours, et Michel est arrêté le lendemain. Il nie brièvement, puis avoue et plaide le crime passionnel. Parlons un peu de cette notion de crime passionnel, parce que ce terme me gratte d’une manière très désagréable. Sous-entendre qu’on peut aimer quelqu’un ET le tuer n’a aucun sens. Pensez à une personne que vous aimez sincèrement. Si cette personne décide de ne plus jamais vous voir, est-ce que votre réflexe serait de la tuer ? Exactement.

Michel est inculpé pour assassinat et tentative de meurtre et placé en détention provisoire. Cette fois, sa victime est bien vue par la société donc il y a de grandes chances qu’elle obtienne justice.

Il continue de plaider le crime passionnel durant son procès en juin 1964. Il encourt la peine de mort, mais le crime passionnel réduirait sa peine à 20 ans de prison. Au final, il est condamné à la perpétuité le 26 juin 1964. À l’époque, la perpétuité avait une peine de sûreté de 15 ans, période après laquelle le condamné pouvait demander une libération conditionnelle.

En 1972, Pompidou lui accorde une grâce présidentielle réduisant sa peine à 20 ans. Bon, que peut-on attendre de l’homme qui a gracié Paul Touvier ? C’est ainsi qu’en 1978, après 17 ans de détention, il est libéré et déménage en Haute-Savoie.

L’air de la montagne ne guérit pas sa déviance, et il devient le fou du coin, comme à son habitude. En 1981, ses voisins le surprennent en train de torturer des animaux, et il est inculpé pour cruauté envers les animaux, mais laissé libre. Un an plus tard, il est interdit de séjour en Haute-Savoie. Personne ne vérifie cependant qu’il quitte bien la Haute-Savoie, et il s’installe dans un baraquement dans les bois à Neuvecelle, une commune de la Vallée d’Abondance.

La Vallée d’Abondance est une zone autour de la Dranse d’Abondance, une rivière qui alimente le lac Léman. Il y a quelques petits villages dans cette zone, et la vie y est tranquille. Michel gagne sa vie en revendant de la ferraille qu’il récupère dans les déchetteries et en faisant du bricolage à droite et à gauche.

Comme d’habitude, c’est un horrible et dangereux voisin. Le faux légionnaire, qui continue de s’inventer un passé militaire, est en conflit perpétuel avec ses voisins, et essaie même de leur tirer dessus, quand il ne fait pas de remarques racistes à son voisin libanais. Est-ce que j’ai mentionné qu’en plus d’être un meurtrier pédophile, Michel est raciste ? Parce que Michel est raciste.

Les plaintes des voisins s’enchaînent, sans résultats. Et quand Michel recommence à écrire des lettres inappropriées à des fillettes ? Des plaintes, et aucun résultat. Malheureusement, ce n’est qu’après une tragédie que les autorités vont finalement intervenir.

Durant la soirée du 25 juillet 1993, la kermesse annuelle a lieu à Vacheresse, un autre village de la Vallée d’Abondance à moins de 10 kilomètres de Neuvecelle. Les locaux vivent de l’agriculture et du tourisme dans ce village où il fait bon vivre. Cette année, la kermesse finance l’école et les travaux de l’église.

La famille Blanc (source: Crimes)

Parmi les habitants qui participent se trouve la famille Blanc : Marie-Claude, Serge, leur fils et leur fille de 7 ans, Jessica. Serge est content de passer du temps avec ses enfants après une longue semaine de travail, et Marie-Claude est heureuse d’aider aux fourneaux. Alors que les adultes sont occupés, les enfants jouent ensemble. Vacheresse est un petit village tranquille d’environ 500 habitants où tout le monde se connaît, alors on ne fait pas vraiment attention à qui fait quoi.

Alors que Jessica est à l’écart, Michel apparaît et l’accoste.

Il arrive à la faire monter dans sa voiture et l’amène en quelques minutes jusqu’à sa cabane, où il la viole et la tue, avant de laisser son corps dans son jardin, couvert d’une bâche.

Lorsque les parents de Jessica se rendent compte de son absence, ils se mettent à la chercher avec l’aide des autres villageois, sans savoir que le pire est déjà arrivé. Deux personnes viennent alors signaler qu’elles ont vu Jessica monter dans la voiture du « légionnaire ». Les villageois savent qu’il vit dans les bois, mais pas précisément où, alors ils partent à sa recherche, fusil en main. Serge appelle aussi les gendarmes depuis une cabine téléphonique.

Les gendarmes et quelques villageois arrivent à trouver la cabane de Michel vers 1h du matin. Il n’est pas là, mais ils le trouvent un peu plus loin, torse nu avec littéralement du sang sur les mains. Quand on lui demande d’où vient ce sang, il dit qu’il a trébuché. Les gendarmes entrent dans sa cabane et trouvent une boucle d’oreille d’enfant à l’intérieur. Ils continuent de fouiller et finissent par trouver le corps de Jessica. Michel est immédiatement placé en garde à vue. La Vallée entière veut sa peau, au point qu’il est transféré dans un autre commissariat pour sa sécurité.

Dans la salle d’audition, non seulement il prétend que la mort de la fillette était un accident, mais qu’elle était sexuellement consentante. Laissez-moi vous raconter l’histoire farfelue qu’il nous sort.

Il serait arrivé à Vacheresse avec les meilleures intentions du monde, et serait tombé complètement par hasard sur Jessica, qui lui aurait alors dit qu’elle était fatiguée et que ses parents étaient en train de faire l’amour. Michel lui aurait demandé si elle-même avait déjà fait l’amour avant, et elle aurait répondu qu’elle l’avait fait deux fois avec un cousin. Elle l’aurait ensuite suivi volontairement, et une fois à la cabane, elle aurait initié le rapport sexuel en se déshabillant volontairement. Enfin, elle serait tombée en partant, mourant ainsi accidentellement.

Jessica Blanc (source: Crimes)

La réalité de l’autopsie prouve clairement que Jessica n’a consenti à rien (même si on s’en fout, elle avait 7 ans pour l’amour du ciel) et qu’elle a été battue à mort avec un objet contondant, probablement une pierre.

Le 27 juillet 1993, Michel est mis en examen pour enlèvement, meurtre et viol sur mineur de moins de 15 ans en état de récidive. Il est placé en détention provisoire. Une femme avocate est commise d’office pour le représenter, mais il refuse ses services. Donc c’est un triple meurtrier pédophile, raciste ET sexiste ? Wow…dans la case « défauts », il a juste répondu « oui ».

Finalement, Michel accepte d’être représenté par un homme, Georges Rimondi.

Cette affaire et celle de Patrick Tissier provoquent un scandale. Comment ces récidivistes ont-ils pu être libérés, comment a-t-on pu leur permettre de voler des enfants à leur famille ? En 1994, la perpétuité incompressible est créée en France, donnant ainsi la possibilité aux juges d’imposer une peine de sûreté illimitée en cas de condamnation.

Photo de Jessica Blanc devant le Palais de Justice (source: Crimes)

Le procès de Michel Sydor commence le 14 juin 1995 à la Cour d’assises d’Annecy. L’émoi est encore fort dans la région, et beaucoup de locaux font le déplacement. Une grande photo de Jessica est placée devant le palais de justice. Michel est calme et fidèle à lui-même, blâmant la justice pour ses actions et disant même « Vous aviez qu’à me garder en prison et j’aurais pas commis ce meurtre ».

Michel Sydor à son procès (Source: France 3 Régions)

Au moment où on raconte la mort de Jessica, qui a duré environ 30 minutes, Serge Blanc craque et lance une chaise sur Michel. Malheureusement, cette chaise ne l’atteint pas car un gendarme s’interpose.

Le 15 juin, après moins d’une heure de délibéré, Michel est condamné à la perpétuité avec 30 ans de sûreté, et est transféré à la prison centrale d’Ensisheim, où les pires tueurs et violeurs sont enfermés (Guy Georges, Jonathann Daval, Pierre Bodein, Francis Heaulme, etc.). Maître Rimondi déclarera plus tard : « J’ai défendu le pire des criminels pour le pire des crimes. » On se demande pourquoi Michel n’a pas écopé de la perpétuité incompressible. Peut-être qu’on s’attendait à ce qu’il meure avant la fin de la peine de sûreté. À la place des juges, je n’aurai quand même pas pris le risque.

En mars 2001, les parents de Jessica participent à la grande marche blanche organisée à Paris pour protester contre le laxisme de la justice envers les pédocriminels. Cette marche réunit de nombreuses familles de victimes, dont celles des victimes d’Émile Louis.

À cette occasion, les parents de Jessica s’expriment. Serge, qui était chauffeur de car scolaire, a dû changer de métier. « À chaque arrêt, je revoyais l’image de ma fille monter dans le bus. Je n’en pouvais plus. » Marie-Claude a également changé de métier, et travaille dans une maison de retraite car elle ne supporte plus de voir des enfants. Le grand frère de Jessica vit aussi avec des traumatismes. La famille se sent toujours incomplète, au point qu’elle ne part plus en vacances.

En 2012, Michel demande une remise en liberté pour raison médicale. À 82 ans, il a des problèmes cardiaques et une incontinence urinaire. Cela n’émeut pas la famille de Jessica et les savoyards (et moi), qui n’ont pas oublié pourquoi il est enfermé. Une pétition pour son maintien en détention obtient beaucoup de signatures, et les experts sont unanimes sur la dangerosité de Michel, même à son âge. Le 11 juillet 2012, le tribunal d’application des peines de Colmar rejette la demande, mais propose le transfert de Michel dans un établissement adapté. Michel refuse et fait appel, mais il est débouté le 11 décembre.

Après cela, il décide enfin de laisser le monde tranquille, et meurt le 1er novembre 2014, à 85 ans.

Aujourd’hui encore, les parents de Jessica luttent encore contre les violences physiques et sexuelles sur les enfants.

En ce qui concerne la perpétuité incompressible à laquelle Michel a étonnamment échappé, elle est encore en vigueur aujourd’hui. Onze personnes ont reçu cette sentence pour l’instant, dont Pierre Bodein, Michel Fourniret, Salah Abdeslam, et Dahbia Benkired.

C’est tout pour aujourd’hui ! N’hésitez pas à me dire ce que vous pensez de cette affaire, et dites-moi quelle affaire vous voudriez que je couvre dans les commentaires ou sur Twitter (je ne dirai jamais X). Sur ce, je vous dis à la prochaine !

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