Bonjour tout le monde, j’espère que vous allez bien. Aujourd’hui je vais vous parler d’un homme que l’on compare beaucoup à Xavier Dupont de Ligonnès, car lui aussi est en cavale depuis de trop nombreuses années. Sauf que l’homme dont on va parler aujourd’hui, on sait où il est, on ne peut juste pas aller le chercher malgré l’horreur absurde de son crime. Sans plus attendre, voici l’affaire du meurtre de Jean Meyer.

Remontons dans le temps, jusqu’en 2011. Jean Meyer a 34 ans, et les choses vont assez bien dans sa vie. Il est marié à sa femme Nelly, et a une petite fille de 4 ans. Professionnellement, ça roule aussi. Il est chef chez les contrôleurs aériens de l’aéroport international de Bâle-Mulhouse, et il n’a pas de souci au boulot. Enfin si, il y a quelque chose qui va pas dans la tour de contrôle.
Ce quelque chose, c’est Karim Ouali. C’est un contrôleur aérien stagiaire de 35 ans qui est compétent mais qui pourrit un peu l’ambiance avec ses comportements étranges. Il est persuadé que ces collègues le discriminent en raison de ses origines algériennes, et freinent son avancement professionnel. Jean a beaucoup d’empathie pour Karim, et vérifie même s’il est réellement persécuté par ses collègues. Ce qu’il ne sait malheureusement pas, c’est que les racines du mal-être de Karim sont bien plus profondes qu’une présumée « persécution ».
En effet, bien que Karim, tout comme Jean, est diplômé de la prestigieuse École Nationale de l’Aviation Civile, et qu’il touche un bon salaire en plus d’un loyer venant d’un appartement dont il est propriétaire, sa vie est loin d’être parfaite. Pourtant, les choses avaient bien commencées.
Né dans la région parisienne dans une famille modeste, il a toujours eu d’excellents résultats à l’école, et a été admis en 1998 à l’ÉNAC, faisant la fierté de sa famille. Il était décrit comme souriant, ouvert, sympathique.
Malheureusement, tout a changé en 2006, lorsque le père de Karim est décédé dans ses bras d’une crise cardiaque. Cet incident l’a naturellement profondément traumatisé, et a eu des conséquences dramatiques sur sa santé mentale. Il a coupé les ponts avec sa famille et ses amis et s’est replié sur lui-même. Et ainsi, au fil du temps, il a commencé à se sentir en décalage avec le monde qui l’entoure, et a sombré dans la paranoïa. Son seul pilier semble être le personnage du Joker, qu’il adore au point de se le faire tatouer.
Il finit par devenir persuadé que ses collègues le persécutent, et dépose même une main courante contre eux. Il explique à la police que ses collègues laissent des mouchoirs usés sur le sol de son appartement et remplissent sa boîte aux lettres de prospectus pour le déstabiliser. Comme vous devez vous en douter, il n’est pas pris au sérieux par les policiers, mais campe sur ses positions. Il continue de sombrer, et finit par être hospitalisé pour dépression. Il est mis en arrêt de travail, mais son badge, qui permet l’accès à la tour de contrôle de l’aéroport, reste actif car la Direction Générale de l’Aviation Civile ne veut pas le déprimer encore plus. Vous savez ce qu’on dit, l’enfer est pavé de bonnes intentions.
Et on arrive ainsi au 27 avril 2011. Jean se lève tôt et part en avance au travail. Il arrive vers 7h40. Dix minutes plus tard, un autre contrôleur aérien arrive et voie Jean en sortant de l’ascenseur. Le père de famille sans problème gît dans une mare de sang après avoir reçu 11 coups de hachette. Il est déclaré mort à 7h55, et la pauvre Nelly est prévenue aux alentours de 8h30.
L’assassin étant encore possiblement sur les lieux, tout l’aéroport est bouclé et les avions sont immobilisés. Toutes les opérations de police non-prioritaires sont annulées afin de mobiliser un maximum d’agents, et la DGAC est contactée afin de savoir qui a pu pénétrer dans la tour de contrôle à part Jean et le contrôleur à présent traumatisé qui l’a découvert. La réponse ne tarde pas, et c’est exactement celle à laquelle nous nous attendions : Karim est entré dans la tour de contrôle à 7h35, et l’a quittée à 7h49. Sa veste, qui contient 900€ en liquide, est retrouvée sur un palier.
Les enquêteurs passent immédiatement à l’action. Ils se rendent chez lui à Saint-Louis, et attendent devant son bâtiment. En voyant qu’il ne se montre pas, ils entrent dans son appartement, et sont choqués par ce qu’ils trouvent. L’appartement est jonché de détritus, au point où on ne voit plus le sol. Ils trouvent également beaucoup d’éléments ésotériques : des cartes de tarot, des croix inversées. Ils trouvent également des cartes à l’effigie du Joker. Et enfin, il trouvent ce qui semble être un manifesto de plusieurs centaines de pages. Ce document, nommé Avataro, met en scène Karim, qui se présente en Avatar, et dépeint des conversations avec le diable. Dedans, le tueur parle de théories complotistes, de prophètes, de fin du monde, et pense être le personnage principal qui va perturber l’équilibre de l’humanité. Ce qui inquiète dans ce document, en plus de la folie des théories exposées, c’est que Karim nomme ses collègues et connaît leurs adresses.
Heureusement, ce n’est pas une visite que les 36 contrôleurs aériens de l’aéroport de Bâle-Mulhouse reçoivent le lendemain du meurtre, mais une lettre déposée dans leur boîte aux lettres. Dans ce courrier, évidemment écrit et envoyé par Karim, ce dernier semble prendre du plaisir à les menacer.

Il a dû se sentir tellement important et dangereux en écrivant ces lignes, alors rappelons-nous qu’il n’est pas un génie du mal, c’est simplement un homme ordinaire et névrosé qui n’a pas reçu l’aide nécessaire à temps et qui semble se complaire dans ses illusions.
En parlant d’illusions, son manifesto montre qu’il avait clairement des intentions plus néfastes que le meurtre de Jean Meyer, ce qui pousse tout le monde à penser que celui-ci est mort en héros : Karim s’est rendu tôt dans la tour de contrôle, il n’avait pas l’intention de croiser ses collègues. Il est donc probable que sa cible n’était pas son lieu de travail, mais l’aéroport entier. En effet, il a les compétences pour provoquer un incident de grande envergure, mais la scène de crime laisse à penser que Jean, arrivé plus tôt que prévu, s’est interposé et l’a empêché d’accéder à la pièce où il aurait pu provoquer le pire pour beaucoup plus de gens.
Rien ne montre qu’il a abandonné ses projets néfastes, alors les enquêteurs se mettent à fond dans leurs recherches, mais malheureusement Karim a bien préparé sa fuite. Il a vidé ses comptes en banques, acheté un billet d’avion qu’il n’a pas utilisé, laissé son téléphone allumé et l’a envoyé par la Poste en Suisse, et acheté un autre téléphone dont il a laissé la boîte en évidence chez lui avant de le laisser sur une poubelle où il a été récupéré et utilisé par un agent municipal. De plus, les enquêteurs découvrent le véhicule dans lequel il s’est rendu à l’aéroport abandonné sans aucune trace de lui. Ils découvrent également qu’il a acheté un autre véhicule, une Volkswagen Polo verte, et a sûrement quitté la région dans ce véhicule. Enfin, ils apprennent que quelques temps avant le meurtre, Karim a légalement fait changer son prénom sur ses papiers, devenant ainsi Aderfi.
Le 27 novembre 2011, la Polo verte est retrouvée à Bron, près de Lyon. Les enquêteurs trouvent dedans l’arme du crime, une clé USB contenant des photos de Karim déguisé en Joker, des cartes de l’Europe et un exemplaire de l’Éloge de la Fuite. Tout a bien été mis en scène pour eux, et il devient évident que Karim n’est plus en France. L’enquête atteint le point mort.

En 2016, Europol place Karim Ouali sur sa liste des criminels les plus recherchés.
Presque deux ans plus tard, l’un des rebondissements les plus étranges que je connaisse se produit. Le 5 avril 2018, les enquêteurs français sont informés de la présence de Karim à Hong Kong. Il est arrivé sur le territoire le 17 mai 2011, et a immédiatement été incarcéré pour un mois pour avoir falsifié son passeport. En plus d’avoir changé son prénom, il avait modifié lui-même le O de son nom de famille pour qu’il devienne un Q. Après sa libération, il est resté à Hong Kong sous contrôle judiciaire, et ce dernier s’est terminé en 2016.
Les rumeurs racontent qu’il a refait sa vie. Il aurait même un petit garçon.

Ce que l’on sait de source sûre, c’est qu’il se met à la recherche de l’amour en 2021. Et cette source, c’est lui. Cette année-là, on découvre sur le site de rencontre hongkongais Love Awake une photo de l’un des hommes les plus recherchés de France, et un profil riche en informations. Avec le pseudo « Shemen », il dit vivre dans le quartier d’Aberdeen au sud de l’île. Il ne semble pas se restreindre concernant son mode de vie, alors comment se fait-il qu’il n’ait pas encore été extradé vers la France ? La réponse est aussi simple que tragiquement ridicule : les autorités chinoises ne nous aiment pas.
Les relations diplomatiques entre la France sont tendues depuis longtemps, surtout au niveau de l’extradition. En effet, un accord bilatéral d’extradition a été signé avec la Chine longtemps avant le meurtre de Jean Meyer, mais des tensions demeurent car la Chine a violé cet accord en venant lui-même chercher ses opposants politiques sur le sol français alors que l’accord interdit l’extradition pour motifs politiques ou militaires. De plus, la France a suspendu la ratification de l’accord d’extradition avec Hong Kong en août 2020 suite à l’adoption d’une loi sur la sécurité nationale sanctionnant « la subversion, la sécession, le terrorisme et la collusion avec les forces étrangères ». En réponse à cette désapprobation explicite, la Chine a cessé toute collaboration judiciaire avec la France. Et ainsi, lorsque les autorités françaises ont envoyé une commission rogatoire internationale en 2018, les autorités hongkongaises n’ont pas répondu. Pareil pour les demandes d’extradition envoyées depuis. Les enquêteurs le disent eux-mêmes : sur cette affaire, nous sommes à la merci du bon vouloir chinois, qui semble pour l’instant inexistant. C’est là que nous en sommes aujourd’hui. Karim, cet homme qui s’est enfoncé dans sa folie et a détruit la vie d’une famille, peut vivre tranquillement en pensant être le supervillain qu’il a dépeint dans son manifesto (qui est mal écrit d’ailleurs), alors qu’il n’est qu’un lâche qui profite d’un bras de fer entre deux gouvernements au lieu de faire face à ce qu’il a fait. Et nous, nous ne pouvons qu’espérer qu’il soit amené devant la justice un jour.
C’est tout pour cette affaire ! N’hésitez pas à me dire ce que vous en pensez dans les commentaires ou sur Twitter (je ne dirai jamais X) et Tiktok, et je vous dis à la prochaine. En ce qui me concerne, je vais ralentir un peu le rythme des publications car j’ai moins de temps à y consacrer, et je préfère prendre plus de temps pour sortir un épisode/article qu’en sortir un bâclé. Sur ce, je vous demande humblement votre patience, et je vous dis à la prochaine !

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