Bonjour tout le monde, j’espère que vous allez bien.
L’affaire dont je vais vous parler a traumatisé une communauté, et est restée sans réponse pendant 22 longues années. Deux familles ont été trahies, brisées de la pire des manières, par un homme qui a poussé la perversion à un niveau que l’on voit rarement.
Attention, cette affaire concerne des abus et meurtres d’enfants, alors si vous ne vous sentez pas de la lire, allez regarder une vidéo de chatons c’est ok. Je vous en met même une ici.
Si vous êtes prêt, voici l’affaire Georges Pouille.
Un homme troublé dès la naissance
Georges Pouille naît à La Tronche, près de Grenoble, le 16 mai 1975. Il est le fruit d’un viol commis par un certain M. Dos Santos, un portugais depuis rentré dans son pays natal, mais il apprendra cela bien plus tard.
Son beau-père, M. Pouille, accepte de le reconnaître et de l’élever comme son fils, et la famille déménage à Voreppe, une autre petite ville des environs de Grenoble. Georges grandit donc avec sa mère, son beau-père, et 2 enfants nés de leur union. Il se sent négligé comparé à ces deux autres enfants, qui sont élevés à peu près normalement alors que lui est battu et doit parfois dormir dans la niche du chien.
À ce mal-être psychologique et environnemental s’ajoute malheureusement un mal-être physique. Georges Pouille est atteint de la maladie de Steinert. Cette maladie génétique touche une personne sur 8000 en France, et touche les muscles et les organes. La forme congénitale, dont est atteint Georges, est caractérisée par une hypotonie musculaire, des troubles respiratoires, et un retard mental.
Il commence ainsi la vie avec de grandes difficultés, et une autre s’ajoute à l’adolescence. En effet, à 13 ans, Georges Pouille commence à prendre de la drogue, notamment du cannabis et de la cocaïne (c’est qui le connard qui a vendu ça à un enfant de 13 ans). Son addiction pose des problèmes à la maison. Ses parents confrontent ces problèmes de la pire des manières, et le foutent régulièrement dehors.
Comme souvent, ça ne va pas mieux à l’école. Il a dû mal à suivre ses cours, est de plus en plus violent, et harcèle sexuellement ses camarades de classe. Son comportement finit par inquiéter, et il est brièvement interné.
À l’âge adulte, contre aucune attente, il a du mal à s’insérer dans la vie active. Il enchaîne les petits boulots sans grande stabilité. Il arrive malgré tout à trouver l’amour, et s’installe avec sa compagne en 2004. Le couple a un fils en 2009. La famille, qui est toujours à Voreppe, vit dans l’instabilité financière et subit l’addiction de Georges, qui est fiché pour conduite sous l’emprise de stupéfiants à cette époque.
À ce moment-là, si on demandait aux habitants de son quartier (et à vous), on entendrait que Georges est un homme malade qui a beaucoup de problèmes mais qui est gentil, qui ne pose pas de problèmes. Mais c’est faux. Ce que je n’ai pas mentionné, c’est qu’au moment de la naissance de son fils, Georges a déjà tué deux fois.
Sarah

Sarah Syad était une petite fille ordinaire de 6 ans qui vivait avec sa famille à Voreppe. Le 16 avril 1991, elle jouait dans une aire de jeu en bas de chez elle. C’était la fin du Ramadan, et sa famille était partie rendre visite à des proches, laissant la petite avec son frère de 16 ans. Celui-ci l’a perdue de vue quelques instants, et malheureusement cela a été suffisant. Sarah s’est envolée, disparue sans laisser de trace. L’alerte a immédiatement été donnée, et tout le monde s’est mis à rechercher Sarah : famille, voisins, gendarmes, pompiers…Mais il était déjà trop tard. Son corps a été retrouvé le lendemain à moins d’un kilomètre de chez elle dans un petit bosquet, caché à la hâte par des branchages. Il montrait des signes d’étranglement et d’agression sexuelle. Une empreinte digitale a été retrouvée sur un paquet de mouchoirs, et des empreintes biologiques ont été relevées sur les vêtements de la fillette, mais malheureusement la science n’était pas au point où elle est aujourd’hui, alors ces éléments n’ont pas pu être exploités dans l’immédiat. Malgré cela, les enquêteurs ont interrogé et effectué des prélèvements sur plusieurs centaines d’habitants de Voreppe, dont des membres de la famille de Sarah. Cependant, la majorité des personnes convoquées étaient majeures, alors que Georges Pouille n’avait que 15 ans.
Saïda

24 novembre 1996. Saïda Berch avait 10 ans. Sa mère était partie au consulat à Grenoble, et elle était gardée par ses frères et soeurs. Elle marchait dans la rue pour aller jouer après avoir demandé la permission. On l’a aperçue dans la rue avec un jeune homme à vélo. Et après ça, on ne l’a plus vue. Sa mère est rentrée à 17h et s’est immédiatement inquiétée de ne pas la voir. Toute la famille s’est mise à sa recherche, sans succès, et les gendarmes ont été prévenus aux environs de 22h. Une information judiciaire a été ouverte dès le lendemain, mais encore une fois il était déjà trop tard. Son corps a été retrouvé le jour d’après en début de matinée près d’un canal. Elle a aussi été étranglée, peut-être avec son pull trouvé noué autour de son cou. Par contre, contrairement à Sarah, son corps n’a présenté aucune trace d’agression sexuelle. Le pull a été conservé par les enquêteurs, et des empreintes ont été relevées, mais cela n’a pas plus fait avancer l’enquête.
Cette fois, plus de 500 personnes ont été interrogées pour retrouver le jeune homme à vélo, mais sans succès. Georges a fait partie des personnes auditionnées cette fois, mais malgré le fait qu’il avait un vélo, il a donné un alibi et quand sa photo a été montrée aux témoins, ces derniers ne l’ont pas reconnu. Les enquêteurs l’ont donc laissé partir et l’instruction a abouti à un non-lieu en septembre 1999.
La reprise de l’enquête
Heureusement, les familles de Sarah et Saïda n’abandonnent pas, et en 2006, les deux meurtres sont liés du fait de leurs similitudes.
En 2008, ils sont ajoutés à l’affaire dite des « Disparus de l’Isère ». Cette affaire concerne une série de disparitions d’enfants survenues dans la même zone entre 1980 et 1996. Les enquêtes sont prises en charge par la cellule « Mineurs 38 », première cellule de ce type, tout juste créée spécifiquement pour cette affaire. La cellule convoque à nouveau les personnes qui avaient été entendues à l’époque, mais n’obtient aucun élément nouveau.

En mars 2013, les prélèvements collectés sur les deux scènes de crimes sont envoyés pour analyse, et une réponse est enfin apportée à l’angoisse des familles : le coupable est leur ami, Georges Pouille. Car oui, c’était un voisin de la famille Syad et un ami de la famille Berch.
Il est arrêté chez lui le matin du 23 juillet 2013. Durant sa garde à vue, il avoue le meurtre de Sarah mais affirme que c’était un accident. Il aurait emmené la fillette dans les bois, mais paniqué à l’idée d’être vu seul avec une petite fille, il l’aurait poussée et elle serait tombée. Il se serait ensuite masturbé au-dessus de son corps inconscient, et seulement après avoir fini, il aurait pris son pouls et aurait réalisé qu’elle était morte. Un coup de folie qui a mal tourné, selon lui.
Ce qu’il dit n’a aucun sens. Il était paniqué à l’idée d’être vu seul avec une fillette, mais n’a pas paniqué à l’idée d’être vu en train de se masturber au-dessus de son corps? De plus, pour rappel, Sarah n’est pas morte d’un choc à la tête, elle a été étranglée. Ce n’est plus un mensonge, c’est du foutage de gueule. Si j’avais été l’enquêteur en face, je l’aurais pris personnellement.
Bref. Concernant le meurtre de Saïda, Georges nie complètement le meurtre. Il explique qu’il l’a croisée alors qu’il se baladait à vélo. La fillette lui aurait alors demandé de faire un tour à vélo, il aurait accepté, mais elle aurait continué de le suivre après lui avoir rendu le vélo. Cela l’aurait énervé, et il l’aurait donc frappé (parce que selon lui c’est une réaction tout à fait normale). Cependant, il affirme que la fillette ne serait pas morte sous ses coups. Selon lui, elle était assommée mais encore en vie quand il l’a laissée après avoir gentiment noué son pull autour de son cou. Bien sûr, ça doit être ça, oui.
Il est mis en examen le 25 juillet et placé en détention provisoire à la maison d’arrêt de Corbas dans le quartier médical.
Les familles de Sarah et Saïda sont dévastées sous le choc, et dirigent malheureusement cette douleur là où ils peuvent. Christelle et son fils reçoivent des menaces de mort, et dans la nuit du 25 septembre, la mère et le frère de Georges sont passés à tabac par deux soeurs de Sarah qui les ont croisé dans la rue par hasard. Elles sont condamnées le 25 octobre à 15 mois de prison avec sursis et interdiction de contacter la famille Pouille pour cette agression.
Il est facile de juger la réaction de ses familles, mais quand on voit l’ampleur de la perversion dont elles ont été victimes, il est plus facile de comprendre cette perte de contrôle. La mère de Sarah a gardé le fils de Georges sans se douter qu’il avait tué sa fille, et certains membres de la famille Berch sont partis en vacances avec lui. Qui oserait juger leur réaction fasse à une telle trahison?
Attention, je ne dis pas que la famille de Georges méritait de se faire attaquer, je dis simplement que les familles de Sarah et Saïda ne sont pas des monstres, mais des gens qui ont mal, trop mal.
Durant la détention provisoire, les enquêteurs tentent de savoir si Georges a commis d’autres meurtres dans la région entre celui de Sarah et celui de Saïda. Après tout, il est improbable qu’un homme qui tue aussi facilement et impulsivement arrive à se retenir pendant 5 ans. Malheureusement, il y a beaucoup d’affaires non résolues dans la zone, et un lien est impossible à établir. Tout ce que l’on sait, c’est que la dégradation de l’état de santé de Georges l’a très probablement empêché de commettre un meurtre après celui de Saïda.
Les procès
Le 9 mars 2016, le procès pour le meurtre de Saïda Berch commence à la cour d’assises de Grenoble. Georges est frêle, mais ce n’est pas pour cela qu’il se fait remarquer. Il refuse de répondre aux questions, même les plus basiques. Et quand il prend la parole au 2e jour de procès, c’est pour répéter qu’il est innocent, qu’il a simplement assommé la fillette parce qu’elle l’ennuyait à le suivre, qu’elle était en vie quand il est parti. Il accuse également les gendarmes de lui avoir mis la pression, et il traite l’un des enquêteurs de connard. Entre deux salves d’insultes, il demande à voir son fils, qu’il n’a pas vu depuis 3 ans. Enfin, quand on lui demande ce qu’il pense de celui qui a tué Saïda, il répond « si on avait fait ça à mon gamin, je l’aurai tué ».
Sa mère vient témoigner à la barre et admet les maltraitances. C’est là aussi qu’elle révèle que Georges est né d’un viol. Il l’apprend en même temps que tout le monde, et apprend également que quand elle a appris qu’elle était enceinte de lui, elle a essayé d’avorter.
Les experts lui reconnaissent une légère altération du discernement du fait de sa maladie, et le verdict est adapté en conséquence. Le 11 mars, il est donc condamné 30 ans de prison. Malgré l’indulgence des juges, il n’est pas satisfait du verdict alors il fait appel, mais c’est un pari qu’il perd. La cour d’appel ne retient pas l’altération du discernement, et il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.
Le 12 mai 2016, son procès pour le meurtre de Sarah Syad commence au tribunal pour enfants de Grenoble. Eh oui, le meurtre ayant été commis quand il avait 15 ans, il est jugé en tant que mineur. Le 2e jour, le procès est interrompu car un avocat fait un malaise, et il reprend le 12 juillet.
Durant ce procès, malgré le retard mental de Georges, un expert le décrit comme un psychopathe capable de commettre l’irréparable à la moindre contrariété. Au final, Georges est condamné à 13 ans de prison.
Durant les deux procès, il est resté de marbre face aux familles de ses victimes, face à ces gens qui le considéraient comme un ami et qu’il a trahi de la pire des manières. Son seul regret semble être de partir en prison et d’être éloigné de son fils. Ironique pour un homme qui a arraché deux enfants à leurs parents.
Georges Pouille est aujourd’hui toujours en prison, mais prévoit de demander une libération anticipée pour raisons de santé. Il est renfermé sur lui-même et ne fait pas de vague.
Les meurtres de Sarah et Saïda sont deux parmi seulement trois des cas résolus de l’affaire des « Disparus de l’Isère ».
C’est tout pour cette affaire ! N’hésitez pas à me dire ce que vous en pensez dans les commentaires ou sur Twitter (je ne dirai jamais X) et Tiktok, et je vous dis à la prochaine. En ce qui me concerne, je prépare d’autres articles/épisodes sur les autres disparus de l’Isère, alors je vous retrouve très vite !
