Patrice Alègre: le squatteur

Patrice Alègre: le squatteur

Salut à tous et bienvenue sur le nouveau site !

Aujourd’hui je vais vous parler d’un gars qui n’a jamais servi à rien. Vous voyez le mec en soirée qui connaît personne (que personne n’a invité) mais qui se met beaucoup trop à l’aise ? C’est lui, mais un million de fois pire. Mesdames, mes gueux et mes entre-deux, je vous présente Patrice Alègre.

Une enfance quasi-inexistante

Patrice Alègre enfant

Patrice Alègre est né le 20 juin 1968 (ce qui fait de lui un Gémeaux pour ceux que ça intéresse) et grandit dans la région toulousaine. Il est le fils non désiré d’un CRS, nommé Roland, et d’un coiffeuse, Michelle. Dans cette petite famille, l’ambiance est plus New York Unité Spéciale que La Petite Maison dans la Prairie. Roland est un père et un mari violent, n’hésitant pas à faire rebondir Michelle contre les murs comme si c’était une balle de ping-pong et ne s’arrêtant même pas lorsque Patrice s’interpose. D’ailleurs, Patrice adore sa mère, mais n’ayez pas trop pitié d’elle. En effet, malgré la situation familiale déjà chaotique, Michelle (dès que son mari est absent) va pécho en boîte pendant que Patrice l’attend dans la voiture. C’est ainsi qu’à 6 ans, Patrice voit sa mère sucer un gars random, et que son quotidien est régulièrement ponctué par des relations sexuelles très bruyantes.

Pour se racheter, et surtout pour acheter son silence, Michelle gâte beaucoup Patrice, qui est un petit roi dans la maison quand son père n’est pas là. S’il ne veut pas aller à l’école, il reste à la maison, s’il veut un nouveau jouet, il l’a.

Par contre, quand son père est là l’ambiance change complètement. Si Patrice dort une seconde de trop, il se prend un rondin dans la gueule. Si Patrice fait un pas de travers, c’est tabassage en règle. Comme il le dira lui-même plus tard, son père ne sait que « gueuler et taper ». Au final, le seul point commun qu’ont ses parents, c’est leur alcoolisme.

Vous vous en doutez sûrement, mais ce n’est généralement pas dans ce genre de foyer que grandissent les futurs médecins ou pianistes. Patrice est un enfant turbulent qui se fait continuellement virer de ses établissements à cause de sa violence. Il se comporte basiquement comme un petit caïd. Et puis il atteint la puberté.

Le début de la décadence

À 13 ans, Patrice est déjà devenu un kleptomane qui n’hésite pas à aller faire ses courses dans la maison des voisins plutôt qu’au magasin. Cependant, il n’est pas James Bond, alors il finit par se faire choper. Son père, qui le couvre sans arrêt pour protéger sa réputation (et clairement pas parce qu’il l’aime ou un truc comme ça, ce serait trop lui demander), finit par demander de l’aide à une assistante sociale, dont le premier réflexe est de le placer dans un foyer pour jeunes turbulents. Enfin un adulte responsable dans cette histoire…

Malheureusement, le répit ne dure pas longtemps, puisque Patrice fugue presque immédiatement et commence à traîner avec les clochards du coin, qui lui font découvrir l’alcool et la drogue. Patrice, petit ado désœuvré qu’il est, est forcément vulnérable dans ce genre d’environnement, et deux toxicomanes en profitent pour le violer un jour, après lui avoir donné de l’héroïne. Patrice prend ce retour de flamme sans rien dire à personne, et continue de sombrer dans la violence et la drogue.

Le gars qui nique la soirée pour tout le monde

Patrice Alègre dans sa jeunesse

Plus il se rapproche de ses 18 ans, plus Patrice se déchaîne. À 16 ans, il est complètement déscolarisé et vit de cambriolages et de vente de drogue. Il démarre au quart de tour, et essaie même un jour de tirer une balle dans la tête de quelqu’un qui n’a fait que se foutre un peu de la gueule de son frère. Heureusement, l’arme s’enraye.

C’est à cette époque de sa vie que Patrice commet sa première tentative de féminicide. Il essaie d’étrangler une femme qui lui a foutu un râteau, mais il s’arrête au dernier moment et s’excuse. Le culot, quand même. C’était pas la faute de cette femme s’il se comportait comme un chihuahua et qu’il avait un cou épais comme un parpaing là, il pouvait pas juste prendre une camomille, s’asseoir dans un coin et fermer sa gueule pour une fois dans sa vie ? Non. En fait, sa vie à partir de ce moment-là devient l’exact contraire de prendre une camomille et fermer sa gueule. Pourtant, c’est pas faute d’avoir eu des chances de s’en sortir.

Premier amour et premiers meurtres

À 18 ans, Patrice finit enfin à vivre ce qui ressemblerait (si on plisse vraaaaaiment les yeux) à un conte de fée. Il rencontre Cécile, et c’est le coup de foudre. Comment on sait que c’est le coup de foudre ? Tout simplement parce que Patrice se calme pendant une seconde. Assez en tout cas pour ce qu’il s’installent ensemble et qu’ils aient une fille. Mais un démon ça ne meurt pas, ça fait une sieste (je la joue philosophe, t’as vu). Patrice (quel nom de merde quand même) se remet rapidement dans les mêmes bourbiers qu’avant. C’est un grand infidèle, et sa soif de femmes est inversement proportionnelle à son respect pour elles.

Valérie Tariote

Le 21 février 1989, Patrice jette son dévolu sur Valérie Tariote, une serveuse de 22 ans. Il essaie de la séduire après que celle-ci a accepté de l’héberger, mais celle-ci lui met un râteau. Ce que beaucoup considèreraient comme du bon sens à signé son arrêt de mort. Patrice la viole et l’étrangle.

Après ce premier meurtre, Patrice se calme pendant un moment. Mais cela ne veut pas dire que son foyer est un havre de paix. Il est toujours infidèle, toujours bourré ou défoncé, et donc violent. Le seul moment de paix que connaît Cécile avec lui, c’est quand il est trop défoncé pour rentrer à la maison. Tristement, cela veut aussi dire que quelqu’un d’autre subit sa violence.

Laure Martinet

Le 27 janvier 1990, ça tombe sur Laure Martinet, une étudiante de 19 ans. Elle accepte de l’héberger après une soirée, et forcément cet enfoiré prend ça pour un laisser-passer droit vers un coup d’un soir. Quand il se prend le râteau que lui met naturellement (et légitimement) Laure, il vrille. Le mode opératoire est le même. Viol, étranglement, viol.

La question que certains d’entre vous doivent se poser maintenant est: « Comment il arrive à se retenir de tuer quand il est avec Cécile ? » In extremis. Il y a notamment une fois ou il commence à l’étrangler pendant une dispute, mais recule après quelques instants en disant « Pas toi, pas toi ». Ouais, mais c’est à personne qu’il faut faire ça, monsieur, en fait. Il faudrait aller voir un psy et laisser les gens tranquille. Bref…

Heureusement pour elle et pour sa fille, Cécile finit par en avoir marre de Patrice, de sa vieille gueule de clochard et de son cou en forme de brique, et se barre en 1995. Patrice est sûrement trop défoncé pour en avoir quelque chose à foutre, et ne se gêne pas pour devenir un clochard casse-couille à plein temps une fois célibataire. Il réessaiera une fois de se remettre en couple avec une certaine Sylvie, mais celle-ci rejette rapidement sa vieille gueule et sa violence gratuite et sa dégaine de punk à chien sans hygiène. Et lui, comme le fils de pute médiocre qu’il est, il se dit que c’est la faute des autres et certainement pas la sienne.

L’errance meurtrière

Patrice Alègre adulte

À partir de 1997, Patrice devient un véritable rat de gouttière. Il n’a pas de boulot, pas de domicile fixe, pas de race, pas de limites. Il ingère tellement de drogues et d’alcool que ses moments de sobriété relèvent de la légende urbaine, et se croit tout permis. Il squatte les environs de Toulouse, et dort sur les canapés de ceux qui acceptent de se tenir à moins de 5 mètres de lui. Malheureusement, certaines de ses personnes sont des femmes, et vous devez maintenant vous douter de ce que cela signifie.

Martine Matias

Le 11 février 1997, Martine Matias, une secrétaire et championne de boxe de 29 ans, accepte de l’héberger. Vous connaissez la suite. Cette fois, Patrice met le feu à son appartement, et ce sont les pompiers qui découvrent la scène de crime.

Vous vous demandez sûrement ce que fait la police depuis tout ce temps. Après tout, on en est déjà au troisième meurtre avec presque exactement le même mode opératoire. Eh bien…moi aussi. En fait, je me demande ce qui se passe dans les commissariats de Toulouse en général, et pour une raison très simple: ils classent un max de meurtres en suicide sans aucune raison apparente. Y compris le meurtre de Valérie Tariote et le meurtre de Martine Matias, et ce malgré le fait que cette dernière a été retrouvée ligotée sur son lit avec des bleus, des fils électriques dénudés dans le vagin, des traces de sang et un soutien-gorge arraché par devant. Pour l’instant, seul le meurtre de Laure Martinet est considéré comme un meurtre, mais ça ne veut pas dire que l’enquête avance pour autant, ce qui laisse à Patrice Alègre le temps de faire une dernière victime dans la région toulousaine.

Emilie Espès

Le 21 février 1997 (oui, dix jours seulement après le meurtre de Martine Matias), Patrice rencontre Emilie Espès en boîte de nuit. Il finissent par passer la soirée ensemble, mais dès qu’ils se retrouvent seuls, il se jette sur elle. Elle réussit cependant à l’amadouer, alors il la ramène chez des amis (qui n’ont pas dû penser que c’était bizarre que Patrice ramène une inconnue qui a l’air pas mal amochée) et l’oblige à dormir dans la même pièce. Le lendemain, il quitte la ville, et elle fonce porter plainte.

Patrice reprend sa tournée des canapés, et atterrit on ne sait trop comment à Foix dans l’Ariège. C’est là qu’il se décide enfin à réfléchir à ce qu’il est en train de faire, et il décide d’adopter un pseudonyme. Il se fait donc appeler « Franck » lorsqu’il rencontre Mireille Normand, une femme du coin. Celle-ci accepte de l’héberger le 16 juin 1997, pour quelques jours. Il la tue le 19.

Cette fois, il essaie de couvrir les traces de son passage. Il enterre Mireille à l’arrière de son propre chalet, recouvre les traces de sang avec de la peinture, brûle un maximum de preuves, répond au téléphone pour dire que Mireille n’est pas là, et laisse un faux mot pour dire qu’il est passé mais qu’elle n’était déjà plus là. Son corps sera retrouvé trois semaines plus tard.

Le début de la fin

Vu qu’on est pas à Toulouse, les enquêteurs prennent l’enquête au sérieux et cherchent à en savoir plus sur ce « Franck » dont ils n’arrêtent pas d’entendre parler, et réussissent assez facilement à savoir qui se cache derrière ce faux nom, car cet imbécile de Patrice a fait tomber son permis de conduire dans la rue avant de se barrer. Les policiers apprennent ainsi qu’il est recherché pour l’agression d’Emilie, et contactent leurs homologues toulousains, qui se décident alors à se sortir les doigts du cul. Le lien est enfin fait entre les affaires, et on se rend compte qu’on a un tueur en série sur les bras. Tous ses proches sont mis sur écoute, et on découvre ainsi que Patrice Alègre se trouve dans le 14ème arrondissement de Paris.

C’est là que, le 4 septembre 1997, il tue sa dernière victime, Isabelle Chicherie, une jeune femme de 28 ans qu’il avait rencontré quelques mois plus tôt en Espagne. Cette fois-ci, comme pour Martine, il met le feu à son appartement pour se débarrasser d’un maximum de preuves, ce qui ne fonctionne pas puisque son ADN est retrouvé sur les lieux.

Parfaitement au courant que ses jours en liberté sont comptés, Patrice panique et commence à appeler tous les gens qu’il connaît pour obtenir un endroit où se cacher. Ses ex l’envoient naturellement chier, mais l’un de ses amis lui donne une adresse où se réfugier. Ce que Patrice ne sait pas, c’est que cet ami donne aussi cette adresse aux policiers locaux.

Et c’est ainsi, le 5 septembre 1997, que Patrice Alègre est enfin arrêté.

Les aveux

Patrice, une fois en garde à vue, est confronté aux preuves ADN qui le lient aux meurtres d’Isabelle et de Martine, ainsi qu’à l’agression d’Emilie. Il n’a aucun mal a avouer ses crimes, mais les utilise pour obtenir certains conforts durant sa détention préventive. Par exemple, il n’avoue le meurtre de Valérie qu’une fois qu’on lui a fait faire une balade en voiture et après qu’on lui ait promis du champagne.

Il est inculpé pour tous les meurtres et pour l’agression d’Emilie, et son procès s’ouvre le 11 février 2002 à Toulouse. Dans ce procès, je ne sais pas ce qui est le plus offensant en ce qui le concerne: son silence obstiné ou sa coupe de cheveux. Je vais vous laisser décider.

Oui, cette coupe de cheveux est un choix délibéré

Sa défense s’appuie sur son enfance difficile et ses addictions, faisant même témoigner les parents de Patrice, mais personne n’est ému ou impressionné. En 10 jours, tout est bouclé et Patrice est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité avec une peine de sûreté de 22 ans. J’aimerai pouvoir terminer l’article ici, mais il se trouve que Patrice arrive à faire chier son monde, même derrière les barreaux.

L’affaire des notables

Pour continuer à obtenir des faveurs de la part des enquêteurs, Patrice continue de laisser entendre qu’il a des meurtres à avouer. Il parle notamment de Line Galbardi, une prostituée toxicomane dont le corps avait été retrouvé en 1992. Il avoue ce meurtre, puis se rétracte, puis avoue de nouveau, et ainsi de suite. Les enquêteurs se sont tout de même penchés sur ce dossier, et ont interrogés des connaissances de Line. Ces connaissances confirment que Line connaissait Patrice, mais sentant qu’il y avait quelque chose à exploiter (mais sans savoir trop quoi), plusieurs d’entre elles commencent à parler de complots et de cercles sadomasochistes impliquant des magistrats et hommes politiques. Bientôt, Patrice Alègre est peint comme un homme de main de la pègre toulousaine, ce qui augmente nettement sa street crédibilité, surtout avec sa coupe de Tintin là.

Dominique Baudis et son front ruisselant

La rumeur enfle, et certaines travailleuses du sexe disent même que Dominique Baudis est impliqué. Qui est Dominique Baudis ? C’est tout simplement un député, pote de Chirac et le président du CSA. On finit par arriver au point où il doit démentir ces rumeurs au 20h de TF1, la sueur au front.

Au final, tout s’écroule brutalement lorsque les faux témoins sont confrontés à leurs contradictions, et le meurtre de Line Galbardi reste non élucidé.

Patrice Alègre aujourd’hui

Patrice a terminé sa peine de sûreté le 6 septembre 2019, mais son avocat a retiré sa demande de mise en liberté conditionnelle en mars 2021 (oui, oui, cette année) après un avis défavorable des experts psychiatres qui s’occupent de son cas.

Patrice continue donc de croupir en prison, et reçoit régulièrement des lettres et des visites d’une illuminée canadienne qui a carrément quitté son mari et traîné ses enfants sur des milliers de kilomètres pour venir s’installer en France et être plus proche de lui. L’amour, c’est un truc bizarre des fois.

Emilie Espès, la seule survivante de ce taré, s’est malheureusement suicidée en 2006.

Voilà, c’est tout aujourd’hui ! N’hésitez pas à me dire ce que vous pensez de cette affaire ou à insulter Patrice dans les commentaires, suivez-moi sur Twitter(@ElsaEtc) pour être informé de la sortie du prochain article et n’hésitez pas à me suggérer une affaire ou à faire un don via le menu du site ! Sur ce, je vous souhaite de trouver de l’argent dans la poche de votre vieux pantalon, à plus !

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