Les soeurs Papin, les bonnes meurtrières

Un fer à repasser a provoqué en 1933 un meurtre qui a captivé toute la France et a mis deux bonnes du Mans au centre d’hypothèses plus ou moins farfelues qui sont encore analysées aujourd’hui. Je vous présente aujourd’hui Christine et Léa Papin, les sœurs meurtrières.

Les soeurs Papin

Un début de vie pas super jojo

Les deux sœurs sont nés dans la région du Mans, dans une famille qui était déjà pas mal dysfonctionnelle pour l’époque.Leurs parents, Clémence Derée et Gustave Papin, ont un mariage chaotique mis à mal par l’infidélité de Clémence et l’alcoolisme de Gustave. Leur première fille, Emilia, naît en 1902 mais ne calme pas l’ambiance dans la maison. Clémence est une mère peu affectueuse et a des tendances paranoïaques, et on soupçonne Gustave d’avoir abusé sexuellement de sa fille aînée alors que celle-ci n’avait que 10 ans.

Christine fait son entrée dans cette superbe famille en 1905. Clémence a la flemme de s’occuper d’un autre bébé (je rigole même pas, elle avait juste pas envie), alors bébé Christine est élevée par la sœur de Gustave jusque ses 7 ou 8 ans.

En 1912, c’est au tour de Léa de débarquer dans cette famille pourrie, et elle arrive pile au moment où tout le monde a eu sa dose. Clémence et Gustave divorcent en 1913 (les divorces sont ultra rares à l’époque, alors ça devait bien être la merde), et Clémence obtient la garde de ses trois enfants. Mais elle en veut pas trop de cette garde, alors elle place Emilia et Christine dans un orphelinat religieux strict, et donne Léa à son frère pour qu’il l’élève à sa place. Les deux filles aînées trouvent rapidement leur place dans l’orphelinat, et même si elles mènent une vie un peu pourrie là-bas, elle trouve un peu de joie dans le lien qui les unit. Emilia est particulièrement protectrice envers Christine, qui veut ainsi la suivre quand elle finit par rentrer au couvent. Néanmoins, Clémence s’y oppose férocement. Serait-ce parce qu’au fond, Clémence aime ses filles et veut qu’elles soient auprès d’elle ? NOPE. Elle voulait simplement que Christine finisse sa scolarité et se mette à travailler pour mettre la daronne à l’abri. D’ailleurs, à la mort de son frère, elle s’est empressée de mettre Léa dans un autre orphelinat religieux. Mère de l’année, cette Clémence !

Lorsque Christine atteint les 15 ans, Clémence la retire de l’orphelinat pour la placer en tant que bonne dans des familles bourgeoises de la région. Ces familles la décrivent comme discrète et travailleuse, et c’est grâce à leurs recommandations que Christine va réussir à se faire engager chez les Lancelin. Elle va même pouvoir négocier pour que Léa soit engagée avec elle. Ainsi, pour la première fois, les deux sœurs vivent et travaillent ensemble.

Chez les Lancelin, c’est toujours pas jojo

Une fois les sœurs Papin engagées chez les Lancelin, elles développent très rapidement un lien. Christine est très protectrice envers Léa, comme Emilia l’a été envers elle. Les deux sœurs se disputent tellement avec leur mère que Madame Lancelin, qui en a ras le cul, demande à Clémence d’arrêter de contacter ses filles en 1928. Ne vous méprenez pas, cela ne veut pas dire que Madame Lancelin est super sympa. Elle est sévère et hautaine, et a une fâcheuse tendance à gueuler sur ses bonnes à la moindre occasion. Mais bon, quand on est bonne dans les années 20, c’est un peu les risques du métier.

À part ça, les bonnes sont assez bien traitées pour l’époque: elles sont nourries et logées, bien payées, et ont même droit à des congés. Ce bon traitement rendra le crime encore moins compréhensible pour les policiers et les magistrats qui vont s’occuper de l’affaire.

Ce foutu fer à repasser

Vous vous rappelez quand je vous ai dit qu’un fer à repasser à provoqué le meurtre ? Je blaguais pas.

En janvier 1933, Léa Papin a été accusée d’avoir endommagé le fer à repasser des Lancelin. Cela peut vous sembler anodin, mais Madame Lancelin n’était pas de cet avis. Léa s’est fait enclencher ses grands morts, et les frais de réparation ont été retirés de sa paye. Léa, et par extension Christine, ont encaissé sans rien dire, mais le seum était présent.

Le 2 février 1933, alors que les nerfs étaient déjà bien tendus, el famoso fer à repasser s’est dit « today is the day », et a provoqué un court-circuit qui a plongé toute la maison dans le noir. Les deux bonnes se sont dit « nique sa mère » et n’ont pas tenté de réparer les dégâts. Du coup, lorsque Madame Lancelin et sa fille sont rentrées et n’ont pas pu allumer la lumière, elles se sont vénèr sur leurs bonnes, sauf que Christine n’avait plus le temps de blaguer.Christine se jette sur Madame Lancelin, et Léa, qui est la ride or die de sa sœur, se jette sur Mademoiselle Lancelin. Les deux bonnes arrachent les yeux de leurs patronnes, et enchaînent sur un festival de coups de vase, coups de couteau, coups de ciseaux, coups de marteaux, un peu comme si Bob le Bricoleur avait un peu trop regardé Dexter.

Dans ce meurtre ma foi pas peu sanglant, un détail intrigue encore les experts psychiatres aujourd’hui: les deux bonnes se sont particulièrement acharnées sur les parties génitales de leurs maîtresses. Mais on en est pas encore à cette partie de la discussion.
Quelques heures après le carnage, Monsieur Lancelin et son beau-frère arrivent, mais n’arrivent pas à rentrer dans la maison. Inquiets, ils vont au commissariat pour exprimer leur inquiétude, car ils ont vu que la maison était plongée dans le noir alors qu’il est censé y avoir quatre personnes à l’intérieur. Les policiers, s’attendant à un cambriolage, accompagnent les deux hommes. L’un des policiers rentre dans la maison par le toit et ouvre la porte de l’intérieur. Tout le monde entre discrètement et utilise des lampes-torches pour ne pas allumer les lumières (qui ne marchent plus de toute façon). En voulant monter au premier étage, l’un des policiers tombe sur un œil tout seul en mode chill sur une marche de l’escalier.

Du coup, gros changement d’ambiance chez les policiers, qui étaient sûrement habitués à des affaires de petits vols et d’adultères. Après ça, personne n’était bien chaud pour monter le reste des escaliers, mais bon les policiers devaient bien faire leur boulot, alors tout le monde est monté avec plus ou moins d’assurance à l’étage.

C’est une grosse descente d’organes qui les attend. Les policiers et les hommes Lancelin tombent sur les cadavres des deux femmes, qui étaient à peine reconnaissables après ce que leur avaient infligé les bonnes. Paniqué, l’un des policiers part chercher du renfort, pendant que les autres continuent d’explorer la maison en s’attendant à trouver les sœurs Papin dans le même état que leurs patronnes.
Une fois arrivés à la chambre des bonnes, ils n’arrivent pas à ouvrir la porte. Les renforts appellent donc un serrurier et restent plantés là comme des clampins pendant que l’homme de la situation fait son travail. Quand la porte s’ouvre, tout le monde s’attend à trouver deux autres cadavres bien amochés.À la place, on trouve les deux sœurs posées tranquillement dans leur lit (oui, un seul lit) en pyjama. Elles avouent immédiatement les faits et s’habillent pour aller au commissariat toutes pimpi-pimpantes. Une fois dans la salle d’interrogatoire, Christine raconte tout pendant que Léa hoche la tête. L’aînée dresse une scène à la John Wick en mode « on devait se défendre, c’était nous ou elles ». Non Christine, t’avais juste le seum et t’as décidé de risquer la peine de mort au lieu de démissionner comme l’abrutie que tu es.

Bon, la police s’est fait pas mal mâché le travail par les deux tarées, du coup on les fout vite fait bien fait en cellule en attendant le procès. Léa reste quelques mois dans sa cellule posée oklm sur sa couchette pendant que Christine part un tout petit peu en couille. Elle commence à faire des crises psychotiques, mais allahmdoulilah les psychiatres experts de l’affaire la jugent parfaitement saine d’esprit, et le procès commence le 28 septembre 1933. Je vous fait un petit résumé:

« Wesh, tema comment elles sont mis une hagra à leurs patronnes !

– Ah ouais, chaud, elles doivent être folles, y a un truc qui va pas dans leur tête !

– Non en fait elles sont parfaitement saines d’esprit.

– Source ?

– Tkt frère je m’y connais.

[45 minutes de délibération plus tard]

– Bon, peine de mort pour Christine et 10 ans de travaux forcés et 20 ans d’interdiction de séjour pour Léa !

– Ok, bye ! »

Inutile de dire que le fer à repasser n’a jamais été inquiété dans l’affaire.

La fin toujours pas jojo des sœurs Papin

La peine de mort de Christine est commuée en 20 ans de travaux forcés par le président de la République Française des Droits de l’Homme Dans Ta Gueule Albert Lebrun, mais à ce moment-là, elle est déjà en piteux état. Elle tape des grands délires dans sa cellule et refuse de manger. Les gardiens de la prison en ont marre de l’entendre gueuler dans tous les sens, alors elle est internée à l’hôpital psychiatrique de Rennes, où elle meurt en 1937. Mais bon, saine d’esprit hein…Quant à Léa, elle bénéficie d’une remise de peine et est libérée le 2 février 1941. Les Allemands lui offrent la diversion parfaite pour rejoindre sa chère maman que nous aimons tous, et elle mène une vie discrète. Elle meurt dans un quasi-anonymat à Nantes le 24 juillet 2001.

Mais du coup elles étaient folles ou pas ?

Au moment des faits, les opinions se regroupaient en trois groupes: l’accusation qui disait qu’elles étaient saines d’esprit, la défense qui disait qu’elles souffraient d’une psychose partagée, et les communistes qui disaient que leur crime avait été perpétré au nom de la lutte des classes.Avec le temps, les experts médico-légaux se sont accordés sur la théorie des communistes. Nan, je déconne. La plupart des experts disent aujourd’hui que Christine était sûrement atteinte des mêmes tendances paranoïaques que sa mère, tendances qui ont dégénéré en psychose. Et vu que Léa était très influencée par sa sœur (on soupçonne d’ailleurs les deux d’avoir eu une relation incestueuse), elle l’a suivie dans son délire. Le chaos familial et la relation ambiguë avec Madame Lancelin, qui se comportait parfois comme une mère avec ses bonnes, n’a certainement pas aidé. La paranoïa de Christine est sûrement ce qui l’a poussée au meurtre, ce qui explique son excuse du « c’était nous ou elles ». Madame Lancelin s’était posée en figure maternelle alors que les sœurs détestaient leur daronne avec un haine farouche, et c’est ce qui a provoqué sa perte.


Morale de l’histoire: ne faites pas de gosses si vous êtes pas foutus de vous en occuper. Flemme de crever parce que vous êtes des connards.

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