Xavier Dupont de Ligonnès, le John List français

En 1971, John List a massacré sa famille et est parti en cavale. Il a échappé aux autorités pendant 18 ans et a même refait sa vie avant d’être arrêté et condamné. Les cas d’« annihilations de familles » ne sont malheureusement pas rare aux États-Unis, où ces événements se sont déroulés, mais sont très rares en France (la dernière affaire connue à part celle dont je vais vous parler date de 2010). D’ailleurs, lorsqu’on tape les mots « meurtre de toute une famille » dans Google, la plupart des résultats concernent une seule famille : la famille Dupont de Ligonnès. C’est leur histoire que je vais vous raconter aujourd’hui.

Une disparition soudaine et préoccupante

Tout commence le 4 avril 2011. Agnès Dupont de Ligonnès ne se présente pas à son poste de surveillante dans une école primaire catholique de Nantes. Son mari, Xavier, appelle le proviseur pour expliquer qu’Agnès souffre d’une angine. Il explique également aux écoles de deux de ses enfants, Anne et Benoît, qu’ils sont également malades. Le truc, c’est que tout le monde est injoignable et que Xavier parle à leur place.


Le 8 avril, « Agnès » envoie un SMS à son patron pour dire qu’elle est injoignable car elle est hospitalisée. Ouais, c’est une sacrée angine qu’elle a…

Le 11 avril, le patron d’Agnès et les écoles d’Anne et Benoît reçoivent une lettre déclarant que toute la famille déménage en Australie parce que Xavier a été muté. Là, tout le monde se dit qu’on est en train de les prendre pour des quiches et appellent la police pour signaler la disparition inquiétante de la famille.

Un début d’enquête chill

Les policiers n’ont pas l’habitude de ce genre de crimes, alors ils se disent que la famille doit être vivante quelque part. Le 13 avril, ils se rendent dans la maison, et remarquent que tous les effets personnels de la famille ont disparus. Tous les meubles sont vides, à part le lave-vaisselle, et un signe sur la boîte aux lettres indique que les courriers doivent être retournés à leur expéditeur. Ceci étaye pour eux la théorie du déménagement soudain, même si personne n’a été informé de ce déménagement et que toute la famille est toujours injoignable. De plus, aucune gare et aucun aéroport ne signale leur passage, et les comptes bancaires des parents ont été clôturés.


Les 15, 18 et 20 avril, les policiers retournent à la maison des Dupont de Ligonnès, mais ne trouvent toujours personne. Le 20 avril, le procureur se dit enfin qu’il faut arrêter de niaiser, et ouvre une information judiciaire et lance un appel à témoins. Il ordonne également aux policiers de retourner fouiller la maison.

Une montée en pression exceptionnelle

C’est ce qu’ils font le 21 avril. Ils fouillent enfin la terrasse, et c’est là qu’ils trouvent les corps de toute la famille sauf Xavier. Agnès (48 ans), Arthur (20 ans), Thomas (18 ans), Anne (16 ans) et Benoît (13 ans), ont été abattus avec une carabine 22 long rifle, enroulés dans des toiles et placés dans des sacs de couchage qui sont eux-mêmes dans un sac poubelle. Chaque corps est accompagné d’un objet religieux (chapelet pour certains, statuette pour d’autres).


Vu que les corps ont été enterrés sous de la chaux vive, du tissu et du ciment, leur décomposition avancée rend difficile la détermination de l’heure du décès, surtout que Xavier n’a pas laissé de notes aux policiers pour leur expliquer les détails de sa filsdeputerie. En analysant les relevés bancaires, les rapports d’autopsie, et l’appareil qu’utilisait Agnès pour gérer son apnée du sommeil, les enquêteurs ont réussi à déterminer que Xavier avait emmené toute la famille à part Thomas au cinéma puis au restaurant le 3 avril, avant de les ramener à la maison et de les abattre de deux balles dans la tête aux environs de 3h30. Le lendemain, Xavier est allé voir Thomas à Angers, et les serveurs du restaurant où ils sont allés se rappellent avoir vu Thomas mal en point, ce qui laisse supposer que Xavier a tenté sans succès de l’empoisonner ce soir-là. Le jour suivant, il fait croire à Thomas que sa mère est hospitalisée suite à un accident de vélo pour le faire revenir à la maison, où il l’abat 48 heures après le reste de sa famille.


Le pire dans cette histoire, c’est que tout le monde n’est pas mort endormi. En effet, les autopsies montrent que Benoît et Thomas ont reçu deux balles dans la poitrine avant les deux balles dans la tête réglementaires, ce qui prouvent que les somnifères n’avaient pas bien agi sur eux.


Après les meurtres, Xavier a envoyé une lettre à ses proches expliquant qu’il était un agent espion pour les stups américains (ouais, rien que ça), et qu’il devait être exfiltré avec sa famille car il avait démonté à lui tout seul un réseau de trafiquants. Il demande dans cette lettre à ce qu’on vide la maison et à ce qu’on vende les voitures, mais qu’on ne s’approche surtout pas de la terrasse (oui, la terrasse où il a enterré les corps). Très étrangement, la famille de Xavier y croit, et c’est la famille d’Agnès qui transmet la lettre à la police.


Bien sûr, tout cela fait de Xavier le suspect n°1, mais la police a du mal à déterminer le mobile derrière ces exécutions brutales et cette stratégie de couverture giga bancale, alors ils commencent à fouiller dans la vie familiale pour voir ce qu’il pouvait bien s’y tramer.

Une famille sans histoire avec quelques squelettes dans les placards

Xavier et Agnès se sont connus durant leur enfance à Versailles, dans un milieu bourgeois catholique. Ils finissent par se fiancer, mais se séparent, puis se retrouvent alors qu’Agnès est enceinte d’Arthur. Malgré les normes de son milieu, Xavier accepte la mère et l’enfant, et le couple se marie en 1991. Au fil des années et des naissances, la famille déménage beaucoup, et enchaîne le Var, les États-Unis, le Nord, et enfin Nantes.


La profession de Xavier est encore très floue aujourd’hui, mais semble tourner autour du marketing et de la communication. Il a sa propre société et voyage beaucoup pour le travail.


Agnès est une mère de famille aimante et discrète, et ne commence à travailler que lorsque tous les enfants ont atteint l’adolescence. Au moment de sa mort, elle était surveillante d’école et professeure de catéchisme.
Arthur était en BTS Génie Informatique en Vendée et travaillait à mi-temps dans une pizzeria de Nantes. Il ne vivait plus chez ses parents. Il a été décrit par ses amis comme jovial et sympathique, quelqu’un de tout à fait normal.

Thomas était étudiant en musicologie à Nantes, et était d’ailleurs un très bon pianiste. Il a également été décrit comme sympathique, bien qu’un peu plus réservé que son grand-frère. Lui non plus ne vivait plus chez ses parents.


Anne était en 1re S dans un lycée catholique. Elle était bonne élève et ses camarades la décrivent tous comme discrète mais sympathique.


Benoît était en 4ème dans un collège catholique. Il était aimé de ses camarades et plaisait aux filles. Il était enfant de chœur et aimait faire du roller.


Tout cela donne l’impression que la famille était parfaite, totalement équilibrée. Cependant, tout le monde a quelques squelettes dans ses placards, des secrets bien cachés, et les Dupont de Ligonnès ne font pas exception à la règle.


Les parents se sont séparés une fois en 2004, et même après s’être réconciliés, les tensions rendaient la vie de couple difficile. Agnès fréquentait des forums où elle racontait son manque d’affection et de sexe ainsi que son attirance pour d’autres hommes que son mari. Elle a même contacté à plusieurs reprises des femmes bisexuelles de sa région pour en savoir plus sur leur expérience. Xavier, de son côté, collectionnait les maîtresses, et fréquentait des forums catholiques. Il n’y racontait pas ses problèmes, qu’il voulait à tout prix garder secrets, mais y parlait beaucoup de religion, de théologie, d’anges et de théories tellement farfelues qu’il s’est fait bannir d’un forum plusieurs fois.La famille avait également des problèmes d’argent. En 2010, Xavier n’a déclaré que 4000€ de revenus annuels, sa société était en déficit, et la famille a dû puiser dans l’héritage d’Agnès pour survivre. Xavier empruntait régulièrement de l’argent à ses amis et ses maîtresses pour garder la tête hors de l’eau.

Du désespoir au meurtre ?

N’importe qui, face aux problèmes que rencontrait Xavier, aurait fait un dossier de surendettement, aurait ramassé les morceaux et puis basta. Mais Xavier ne mangeait pas de ce pain-là. Il voulait absolument garder la face, et s’est confié dans un mail à l’un de ses amis, disant qu’il n’aurait plus rien en septembre, et qu’il n’aurait plus qu’à se suicider ou tuer sa famille sans laisser de preuves de sa culpabilité.Pour rajouter à la shitstorm qui se préparait, le père de Xavier est décédé le 20 janvier 2011 et lui a laissé en héritage des somnifères (oui) et une carabine 22 long rifle (oui oui).

Peu avant les meurtres, Xavier se découvre ainsi une passion pour les armes à feu et s’inscrit dans un centre de tir, où il emmène même parfois ses fils ! Ouais, le gars a repoussé les limites du vice.Quelques jours avant les meurtres, il est allé acheter un silencieux dans une armurerie et le matériel de chantier qui lui servira à enterrer les corps. Et lui qui ne voulait pas laisser de preuves de sa culpabilité…a payé par carte bancaire ! Genius !

Il est où, ce bâtard ?

Maintenant que les enquêteurs ont des preuves de préméditation et un semblant de mobile, ils doivent répondre à la question qui vaut un million : il est où Xavier ?On sait que le 10 avril, soit une semaine après le début des meurtres, il est allé à Angers vider l’appartement de Thomas. Il a même dit à l’un de ses voisins « Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour nos enfants ? » tout pimpant. Leur tirer deux balles dans la tête pendant qu’ils dorment, Xavier, voilà ce qu’on ne ferait pas pour nos enfants. Il va ensuite vider l’appartement d’Arthur, et passe la nuit dans un hôtel de La Rochelle sous le nom de Xavier Ligonne (GENIUS).Le lendemain, il est vu près de Toulouse, et passe la nuit dans un hôtel près d’Avignon, cette fois sous le nom de Xavier Laurent (allez, fait un effort, on y est presque). Il est bavard avec le personnel et drague même la patronne, un vrai boute-en-train cette engeance de lait périmé.Après ça, il passe quelques jours dans le Var et puis….plus rien. On perd complètement sa trace.

Les autorités délivrent un mandat d’arrêt international le 10 mai 2011, mais les recherches restent infructueuses. Beaucoup de recherches ont été menées dans le Var et dans l’Allier, et un religieux a même été accusé, mais sans succès. Et je ne pense pas avoir besoin de mentionner Guy Joao, le pauvre bougre qui s’est fait alpaguer à l’aéroport de Glasgow le 11 octobre 2019 et s’est fait malmener par notre crème de la crème avant d’être disculpé par des preuves ADN. Xavier Dupont de Ligonnès est toujours recherché par Interpol presque 10 ans après ses crimes. Si ça se retrouve il est confiné quelque part comme nous autres pendant que je vous écris ses lignes. Ou peut-être qu’il est mort en train de se faire graille par des rats dans un trou paumé. Je ne sais pas quelle option je préfère.

NB : Xavier Dupont de Ligonnès vient d’une famille de grands malades

Oui, certes, nous savons tous que notre Xavier est un fils de pute de renommée mondiale, mais est-ce que vous savez que SA MÈRE ET SA SŒUR DIRIGENT UNE SECTE ???????Pour des raisons légales, cette secte est appelée un groupe de prières. Ce « groupe de prières » a été fondé par Geneviève Dupont de Ligonnès dans les années 60. Selon un ancien membre du groupe, elle disait recevoir des messages de Dieu. Elle a assujetti plusieurs dizaines de personnes, leur a pris leur argent, et a déclaré que Christine, la soeur de Xavier, mettrait au monde « Lucis Ya El », le descendant de Jésus et Lucifer qui sauvera le monde. Est-ce que j’ai mentionné que les deux voyantes de kermesse prônent la déscolarisation des enfants et des pratiques sexuelles cheloues ? Bref, Christine dirige aujourd’hui le groupe et dit recevoir des messages divins, qu’elle transmet ensuite via SMS et sur Internet. Xavier est soupçonné d’avoir fait partie de la secte jusqu’en 1995, et Agnès aussi. Je dis pas qu’elles gardent Xavier quelque part bien au chaud, mais elles dirigent une secte et sont convaincues qu’il est innocent, alors si j’étais inspecteur, je garderais un œil sur elles.

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