Alain Lamare et les forces du désordre

Bon, je date, je sais, mais dans le sondage, vous m’aviez dit « fuck le 17 », et c’est plus facile à dire qu’à faire. Beaucoup d’affaires impliquant des policiers sont étouffées, donc pas de détails, même pas de nom la plupart du temps à part pour les victimes. J’ai quand même trouvé une affaire intéressante et assez détaillée pour révéler quelques petites choses sur le fonctionnement de la police et de la gendarmerie, qui n’a naturellement pas changé, parce que sinon le taux de chômage augmenterait. Par contre, je n’ai pu trouver que des images du tueur, parce que vous comprenez bien que les connards qui ont étouffé l’affaire n’aiment pas se faire prendre en photo.
Bref, aujourd’hui je vous parle d’Alain Lamare, un gars claqué au sol qu’on a fourré dans un uniforme.

On démarre sur les chapeaux de roues

Tout commence le 31 mai 1978. Des gendarmes découvrent une 504 abandonnée au carrefour des Ripailles, dans la forêt près de Chantilly. Le pare-brise a des impacts de balles dessus et le rétro est cassé. À l’intérieur on trouve des papiers de friandises et des mégots de gitanes blanches, des cordes, une seringue hypodermique, un mouchoir taché de sang. On trouve aussi à quelques mètres de la voiture un plan semblant avoir été rédigé à la main en prévision du braquage d’un bureau de poste de Pierrefonds (à l’époque, il y avait beaucoup d’argent dans les bureaux de poste, faut pas juger). Au début, c’est l’adjudant Cavalier (gendarmerie) qui s’occupe de l’affaire, mais cette dernière finit par être refilée à la Police Judiciaire de Creil. La PJ découvre rapidement que la voiture a été volée à la femme d’un gendarme, qui avait laissé les clés sur le contact. Wesh ???? La go a laissé son bolide en position « Free hugs » dans le plus grand des calmes ??? C’est ça l’élite de la nation ?


Deux mois plus tard, une jeune de 17 ans, Karine, se fait tirer dessus alors qu’elle rentre du cinéma à Pont-Sainte-Maxence (à 00h mais on s’en bat un peu les couilles). Elle touchée à la jambe mais plus de peur que de mal. Elle identifie le véhicule de l’agresseur comme une Renault 12, et on découvre encore une fois que celle-ci a été volée à quelqu’un qui avait laissé les clés sur le contact (???). Cette fois c’est les gendarmes et non la PJ qui s’occupe de l’enquête, du coup le rapprochement n’est pas fait avec la 504 du carrefour des Ripailles.


Dix jours plus tard, un gardien de la paix remarque une voiture mal garée à Creil. Il ouvre la portière et boum ! La voiture était piégée, il est brûlé au visage et aux mains. La bombe est examinée, et on remarque qu’elle a été faite à l’arrache avec du désherbant et du potassium. En gros, y a le gars qui a voulu faire un attentat avec du matos acheté en promo à Jardiland, mais bon bref…En ce qui concerne la voiture, c’est une Renault 12 appartenant à Marcel Doucet, un agriculteur de l’Aisne. Celui-ci explique aux keufs avec un accent picard prononcé bah qu’on lui a volé sa voiture et même son chéquier !


Dès le début de l’enquête, il y a très peu d’infos qui passent entre les gendarmes et les policiers, mais on finit quand même par se rendre compte qu’entre les empreintes, les papiers de friandises et les mégots, y a peut-être des chances qu’on soit face au même pécor qui fait le mariole. C’est alors qu’une lettre arrive au commissariat de Creil. C’est une lettre du coupable (OMG) !Dans cette lettre, notre nouveau connard préféré revendique la 504 abandonnée, la voiture piégée ainsi que l’agression de Karine. Il dit même « Karine me connaît, mais elle ne fera jamais le rapprochement ». Plus tard dans la lettre, il déclare : « Je suis un tueur, et en tant que tel, je vais tuer […] La prochaine fois, je viserai le cœur et pas les jambes ». Déjà, merci pour la fiche de poste, tu ferais un parfait RH, mais arrête un peu de nous faire croire que t’as fait exprès de tirer dans la jambe de Karine. Tu tires comme la salope demi-molle que tu es, point barre. En plus, il signe la lettre avec un point d’interrogation, quoi…AU.CUN. STYLE !


Bref, les policiers suivent les chèques du pauvre Marcel, que notre « « tueur » » sème au quatre coins de l’Oise. On se rend ainsi compte que notre bonhomme se fait plaisir. Pleins d’essence, restos, shopping, il se paye même une bouteille de champagne le boug. Pourquoi faire ? Je sais pas, peut-être qu’il a senti un neurone tressauter dans son crâne et qu’il a eu envie de fêter ça. Ce neurone a d’ailleurs dû s’éteindre rapidement parce que cet idiot du village ne s’est pas rendu compte que 10 magasins où on utilise des chèques volés = au moins 10 personnes qui ont vu notre visage et qui ont maintenant le seum d’avoir perdu de l’argent. Du coup, ça balance dans tous les sens du côté des commerçants, et un portrait-robot est vite établi. On décrit le cowboy éco+ comme un homme d’environ 1m70, propre sur lui, avec une vibe de militaire. Hmmm….

Des neurones bien solitaires au comico

De son côté l’inspecteur Neveu, de la PJ de Creil, a une petite intuition en examinant la lettre de Tanguy la Gâchette Facile. Ça ressemble quand même vachement à un procès-verbal le bousin ! Le truc, c’est que ces collègues l’envoient chier à coup de « nieunieu nous parfaits, pas criminel chez nous ». Du coup, en désespoir de cause, il montre la lettre à sa femme, qui selon ses dires répond : « C’est une écriture de gendarme ça, ça ressemble pas aux torchons de tes collègues ! » L’inspecteur Neveu est un peu piqué, mais au moins sa piste est confirmée. Un autre élément étaye son hypothèse : l’arme utilisée contre Karine est un Beretta 9mm, une arme rare prisée par les collectionneurs et les militaires. L’hypothèse tient la route mais tout le monde envoie quand même chier Neveu, alors qu’il a déjà choppé un tueur en série il y a à peine 2 ans.


Du coup, sans indices supplémentaires et en ayant fait un panier trois points avec la seule hypothèse qui tenait la route, les enquêteurs se retrouvent rapidement dans une impasse. Heureusement pour eux (et pour tout le monde, en fait), Tanguy (oui, je vais continuer de l’appeler comme ça, si tu t’appelles Tanguy le prend pas personnellement, c’est juste que t’as un nom de merde) devient soudainement inactif. Enfin, ce n’est que provisoire.


En effet, le 16 novembre 1978, une jeune fille de 20 ans est renversée par une voiture (mais enfin Tanguy, t’avais dit que tu viserais le cœur) qui prend la fuite en voyant les témoins arriver. Elle offre quand même une nouvelle piste aux policiers, qui se mettent tout de suite en chasse.La voiture est retrouvée 2 jours plus tard sur le parking de la gare d’Orry-la-Ville, et explose quand un gendarme essaie de l’ouvrir. Heureusement, c’est encore une bombe Jardiland, alors pas de blessures graves à déplorer.La PJ de Creil est chargée de l’enquête, mais du côté des gendarmes, le capitaine Pineau fait aussi son petit bout d’investigation. Il enquête sur les délinquants sexuels de la ville et sur les délits de fuite, et finit par découvrir qu’un braquage du bureau de poste de Senarpont, dans la Somme, a été effectué avec une voiture volée. Les témoins ont la même description du suspect que les commerçants de l’Oise, mais avec une précision : il a les oreilles en chou-fleur. Ah, bah c’est pour ça qu’il tire comme une tanche, c’est ses grosses oreilles qui déséquilibrent son crâne là !

Pineau est content de son avancée, mais son sourire disparaît le 1er décembre, lorsque des gendarmes découvrent une femme blessée derrière l’hippodrome de Chantilly. Yolande, 19 ans, a reçu plusieurs balles dans le corps ainsi qu’un coup de crosse sur la tête. Elle avait été prise en stop ce matin-là à Pont-Sainte-Maxence par un homme courtois et propre sur lui, mais les choses ont mal tourné lorsqu’il a soudainement changé de comportement. Elle a essayé de s’enfuir, mais elle n’a pas eu le temps. Elle décède le soir même à l’hôpital.L’arme du crime est la même que celle utilisée contre Karine, le véhicule est le même que celui utilisé pour le braquage de Senarpont, et la pauvre Yolande a reçu une balle près du cœur. Il faut se rendre à l’évidence, Tanguy est enfin devenu un tueur.Le véhicule est retrouvé à la gare d’Orry-la-Ville, mais cette fois nos hommes en bleu arrivent à déjouer le dispositif Jardiland qui est à l’intérieur.

On peut pas se rendre à l’évidence, c’est trop loin

Le 12 décembre, les commandants de gendarmerie de l’Oise se réunissent pour réfléchir à comment arrêter de jacter dans le vide. C’est là que tout le monde est informé des vols de voitures, des vols de chèques, des braquages, des agressions et de l’assassinat de Yolande. Oui, parce que tout le monde n’était pas au courant de tout.L’inspecteur Neveu et le capitaine Pineau ont déjà déterminé que l’assassin est forcément un gendarme, mais com’ d’hab’ on leur répond que c’est impossible parce que les gendarmes sont de petits anges descendus du ciel. Le commandant Colson de la gendarmerie de Senlis, circonscription où a eu lieu la majorité des affaires, trouve même que l’hypothèse est une insulte à la profession. Azy, lui…


Le temps passe, et tout le monde commence à se chier dessus parce que, et qu’il veulent l’admettre ou non, leur ennemi n’est pas loin, il est dans leur maison, il est dans leur entourage. Et comme la gendarmerie et la police nationale sont absolument incapables de collaborer sans faire des concours de bite, l’enquête avance à la même vitesse qu’un panneau stop. Sauf que le tueur lui, ne leur offre pas de répit pour qu’ils règlent leurs problèmes d’ego.


Le matin du 29 décembre 1978, un gars qui se balade voit quelque chose tomber d’une 504 verte. Ce quelque chose, c’est Andrée, 19 ans. Elle avait été prise en stop à la sortie de Compiègne par un gars courtois et propre sur lui (c’est bon, on connaît), qui d’un seul coup lui avait dit « Je vais vous faire du mal » avant de lui tirer dessus 3 fois. Mais comme Andrée est badass, elle a réussi à débloquer la portière et à sauter de la voiture. Malheureusement, elle restera paralysée.Ayant une description de la voiture du coupable, les gendarmes mettent en place des barrages, mais ça ne donne rien durant la matinée. Ils les maintiennent quand même, et vers 14h30, une 504 verte se présente enfin à un barrage. Elle fonce immédiatement sur les gendarmes et prend la fuite. Tanguy tente de taper une course-poursuite à la Tokyo Drift, mais il s’embourbe dans des marais parce que c’est un gros boloss. Il s’enfuit à pied, et les gendarmes engagent une chasse à l’homme avec les chiens, un hélicoptère et tout. Mais il se met à pleuvoir, alors les traces de pas s’effacent, l’hélico est obligé de se poser, et les chiens puent leur grand-mère. Allez hop ! On remballe tout (y compris sa street cred), on le choppera plus tard !
Face à cet échec spectaculaire, l’hypothèse du tueur en uniforme devient encore plus crédible et un journaliste, Yvan Stefanovtich, la publie dans le journal le 31 décembre. Les forces de l’ordre démentent direct mais la sauce ne fait que commencer à chauffer. Bonne année, hein…Le capitaine Pineau se met sur les côtes de tout le monde pour que les emplois du temps de tous les gendarmes de l’Oise soient vérifiés. Le commandant Colson dit qu’il a vérifié les emplois du temps de ces hommes, mais évidemment qu’il l’a pas fait parce que…flemme ?Anyway, après être sortie d’un coma, Andrée se met à témoigner dans les journaux, et la lettre de Tanguy ainsi que son portrait-robot sont aussi diffusés.Tanguy, en voyant sa vieille tête et ses oreilles Canal+ dans les journaux, ne se sent plus pisser et envoie une deuxième lettre, où il assure qu’Andrée va mourir « malgré sa survie provisoire », parce que monsieur n’assume pas d’avoir raté sa cible alors qu’il était à 40cm. Il déclare aussi qu’il se vengera des gendarmes qui l’ont poursuivi parce qu’ils l’ont « éprouvé ». Igo fallait faire de la cardio, hein !
En ce qui concerne janvier et février, c’est un peu la routine, tavu: ça vole des voitures, des chéquiers, parce qu’apparemment nos grands-parents jetaient des chéquiers par terre et laissaient leurs clés de voitures sur le contact parce que rien n’avait de sens ni d’importance. Tanguy étend son champ d’action jusqu’au 77 et l’enquête piétine toujours parce qu’askip Roger est parti à la retraite avec le seul neurone du comico. Vous pensez que ça peut pas être pire ? Que nos hommes en bleu ne peuvent pas se ridiculiser encore plus ?
Le 17 mars,à Rambouillet, Tanguy arrive à voler la voiture du maire de Boulogne-Billancourt (clés sur le contact, on connaît), mais ce chien de la casse tombe en panne sur l’autoroute. C’est là qu’il croise une compagnie de CRS, qui…lui appelle une dépanneuse ! Je déconne pas, ils lui ont vraiment appelé une dépanneuse. Et Tanguy s’en va calmement au garage, et demande dans la paix du Christ où sont les toilettes. On lui indique, il y va, saute par la fenêtre, vole une autre voiture et se barre. Voilà !Après ce deuxième monumental échec, la sauce commence à bouillir, alors des deux côtés de la porcherie, on commence à se dire qu’il faudrait éventuellement enlever la main de son froc et être productif. On décide donc ENFIN de faire circuler le portrait-robot de Tanguy à grande échelle en interne. C’est là que Claude Morel, de la gendarmerie de Clermont, reconnaît Tanguy. « Oh putain, mais c’est Lamare ! »Ça y est, on a son nom, Tanguy, essuie tes larmes, c’est fini.

Plot twist : y a pas de plot twist

Bref, Morel va voir le capitaine Pineau le 7 avril 79 pour lui dire, bah…qu’il avait raison depuis le début, en fait. Pineau lui répond « c’est qui ce fdp ? ». C’est vrai ça, c’est qui ce fdp ?Alain Lamare, c’est un pécor de 23 ans qui vient du Pas-de-Calais et qui s’est engagé dans la gendarmerie après un CAP chaudronnerie et un service militaire. Il fume pas, il boit pas, il a pas de meuf, mais il kiffe les armes, l’armée, et foutre le feu à des trucs. Il est arrivé à la gendarmerie de Clermont en avril 76, mais à été muté au peloton d’intervention de Chantilly en janvier 77.En apprenant tout ça, Pineau contacte immédiatement l’adjudant Henri Cavalier, le chef de Lamare, pour lui expliquer que l’ennemi est dans son cercle. Au début, Cavalier est sceptique, puis il se rend compte que l’emploi du temps, qui fait partie de ceux que le commandant Colson n’a pas fait vérifier, correspond totalement aux heures des crimes, et qu’à chaque fois c’est lui qui découvre les véhicules abandonnés. Il a aussi auditionné Karine, l’une de ses victimes → « Karine me connaît, mais elle ne fera pas le rapprochement ». Enfin, Cavalier compare les deux lettres du tueur avec les procès-verbaux de Lamare et ça matche comme sur Tinder.

Cavalier se remet de sa descente d’organes et demande où est Lamare. On lui répond qu’il est en patrouille et qu’il a d’ailleurs pris un fusil mitrailleur, fait inhabituel pour une simple patrouille.Heureusement, il ne sert pas de cette arme pendant sa patrouille, mais il est quand même nerveux, renfermé. Il sent la douille arriver, quoi.Une fois de retour de sa patrouille, on lui prend le fusil mitrailleur, mais il essaie de sortir une deuxième arme, et il est ceinturé en mode WWE. On compare ses empreintes digitales à celles récoltées sur les scènes de crime, et elles correspondent. Lamare ne veut quand même pas dire les termes, et clame son innocence jusqu’au bout de la night.Le 8 avril, l’appartement de Lamare est perquisitionné, et c’est limite si les preuves sautent pas elles-mêmes dans les sacs de pièces à conviction. Et c’est tellement le bordel dehors que les journalistes, en voulant poursuivre la voiture où se trouve Lamare, provoquent un accident où un jeune de 14 ans décède et un autre est grièvement blessé. GG les gars…En garde à vue, Lamare finit par tout avouer.

Là, vous vous dites que c’est bon, qu’il va prendre perpèt’ et que l’article va enfin se finir. NOPE !Avant même que Lamare aie le temps de signer ses aveux, un général débarque de Lille pour lui faire signer sa démission, pour que techniquement ce ne soit pas un gendarme qui soit jugé. Quel sens des priorités ! C’est déjà bien dégueulasse, mais c’est même pas le pire…Lamare est jugé irresponsable pénalement et ne sera donc jamais jugé ! Et comme l’irresponsabilité pénale invalide sa démission, il touche encore aujourd’hui sa retraite à l’hôpital psychiatrique, où il joue d’ailleurs le fanboy de militaire. Vous pensez que la couverture s’arrête là ?Tous les gendarmes de la brigade de Lamare sont mutés et forcés au silence, les fdp comme le commandant Colson reçoivent des promotions comme si c’était les soldes, et les victimes ne sont indemnisées qu’en 88, presque dix ans plus tard. The End, du coup ?


Au final, cette affaire, malgré sa vieillesse, reste symptomatique de la merde que représente la police et la justice en France. Que ce soit au niveau de la police, de la gendarmerie ou des juges, on est face à des institutions qui ont pour mission de protéger la population, mais qui ne se préoccupent que d’elles-mêmes tout en refusant de se regarder dans le miroir et en se renvoyant la balle dès que ça merde comme des gamins qui ont cassé le vase de Maman. On cache et on couvre, sinon on aura pas sa prime. On ne dénonce pas et on agit pas, parce que sinon ça fera de la paperasse. Et dès qu’on est mis face à ses erreurs, on s’indigne parce que « y a pire ailleurs, au moins nous on fait notre taf de temps en temps ». C’est pas une question de mauvaises graines, c’est la terre qui est empoisonnée. Ou en termes plus simples : l’uniforme, ça va pas très bien aux porcs.

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